Son courage est salué : Ghania Semah, la femme magistrat d’Annaba qui a redoré le blason de la justice

Affaire Achaïbou/Bouchouareb : pourquoi la justice n’ira pas jusqu’au bout

Crédit photo : DR | Affaire Achaïbou/Bouchouareb : pourquoi la justice n’ira pas jusqu’au bout

Son nom sera gravé sur le marbre du…hirak. Elle venait de rendre un verdict historique qui va à l’encontre de l’ambiance exécrable imposée par les tenants du pouvoir depuis le 18e vendredi de la mobilisation populaire.

 

Face à un procureur de la République qui a osé, comme s’il avait eu affaire à un criminel, prononcer un réquisitoire infâme de 10 ans de prison ferme contre un jeune porteur d’un drapeau Amazigh, elle a tout balayé d’un revers de la main en décidant d’appliquer, tout simplement la loi.

Il s’agit de la magistrat, Ghania Semah, présidente du tribunal d’Annaba qui a eu à traiter l’affaire du jeune Nadir Ftissi, manifestant pacifique arrêté à Annaba pour avoir brandi un emblème Amazigh comme il le faisait depuis le début du Hirak.

Sur décision du chef d’Etat-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, des policiers se sont mis à s’en prendre, subitement, à tout manifestant qui brandit un drapeau Amazigh. Pis, on ne sait sur quelle base juridique, des procureurs, notamment à Alger, à Annaba, à Chlef et à Jijel, ont ordonné le placement en garde à vue de ces jeunes innocents.

Environ une quarantaine de personnes, des détenus d’opinion, sont placés, par la suite, en détention provisoire par des juges d’instructions. Et jusqu’à présent, seuls quatre d’entre eux, ont été jugés. Il s’agit d’une jeune fille condamnée à deux mois de prison avec sursis à Jijel, et de deux autres jeunes ayant écopé du même verdict à Chlef.

Des juges dans les tribunaux de ces deux villes n’ont pas eu le courage nécessaire de rendre tout simplement justice. Surtout que le code pénal, de l’avis de tous les juristes, ne condamne nullement une personne qui brandissait un emblème autre que le drapeau national.

Cas de jurisprudence     

Ce jeudi à Annaba, Ghania Semah, a bel et bien lavé l’honneur du corps des magistrats qui, tout le temps, est pointé du doigt par les justiciables et les avocats qui leur reprochent « leur impartialité et leur manque d’indépendance, pour ne pas dire leur dépendance du puissant pouvoir du moment ».

Cette juge vient de donner, en effet, naissance à un cas de jurisprudence. Un exemple à suivre pour les magistrats officiant en dehors des wilayas de la Kabylie- à Tizi Ouzou, Bouira et Bejaia la justice a refusé carrément de traiter des cas relatifs au port de drapeau Amazigh- pour donner à l’indépendance de la justice son vrai sens.

En tout cas, le nom de Ghania Semah est à retenir, comme un exemple du courage et de neutralité. Elle n’a pas seulement acquitté le jeune Nadir Ftissi, mais elle a aussi ordonné la restitution des objets confisqués, en l’occurrence les deux drapeaux Amazigh.

Cette magistrat vient ainsi de rappeler, à ses confrères et à ceux qui veulent criminaliser le drapeau Amazigh, qu’il n’y a rien à juger dans ce genre d’affaires. « Cette magistrat a bien géré le dossier, face à un procureur qui agissait avec haine. Cette magistrat est intègre. Elle n’a pas cessé de rappeler, tout au long du procès, à ce procureur, qu’il ne faut pas interrompre les plaidoiries de la Défense », explique, Kouceila Zerguine, qui devra reprendre bientôt son bâton de pèlerin en direction de Batna où seront jugés, huit autres porteurs du drapeau Amazigh.

Adsence Milieu article