Saïd Sadi : «le risque islamiste et le risque du DRS existent»

L’ancien président et fondateur du RCD, Saïd Sadi livre son analyse de la situation nationale à la veille du scrutin présidentiel d’avril 2019. Attendu par certains observateurs comme un candidat à cette joute, l’homme met fin à toute les supputation.

Crédit photo: DR | Said Sadi , ancien président u Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD)

L’ancien président du RCD, Saïd Sadi n’écarte pas l’existence d’un risque de récupération par les islamistes du mouvement populaire en cours. «C’est une possibilité hémiplégique. Le risque islamiste et les tentatives de récupération de la police politique (DRS) existent. Le retrait des islamistes peut avoir une dimension tactique. Mais jusqu’à présent je n’ai pas entendu de slogans islamistes, mis à part quelques tentatives vite étouffé par les jeunes», déclare-t-il une question concernant une volonté des forces islamistes d’infiltrer et de reprendre à son compte la mobilisation populaire, en en 1988.

 

 Lors de son intervention, aujourd’hui, au forum du quotidien Liberté, l’orateur charge le président Bouteflika, dont la dernière lettre est qualifiée «de surréaliste». «En une lettre surréaliste, le chef de l’État nous a ramenés à la case des républiques bananières. C’est là le sentiment que m’a inspiré la déclaration du chef de l’État après l’avoir relue à trois reprises et qui figurera, à n’en pas douter, dans les annales des souffles burlesques des régimes autocratiques en fin de vie», affirme-t-il.

 Dans son intervention, Saïd Sadi revient longuement sur l’impressionnante mobilisation populaire, en affirmant qu’il ne s’attendait pas à une telle «insurrection du peuple». «En trois week-ends, notre jeunesse a réhabilité l’honneur, le crédit et le statut du pays dégradés par plus d’un demi siècle de tyrannie (…) On croyait avoir touché le fond après les menaces en direct infligées à l’ancien président de l’assemblée nationale (Bouhadja ndlr) pour qu’il se retire de l’élection alors qu’il venait de déposer son dossier au conseil constitutionnel quelques minutes plus tôt. Eh bien non ! Au chalenge de l’humiliation nationale, le régime a de la ressource», dit-t-il.

C’est pourquoi il met en garde que le fléchissement de la rue. «Si la volonté populaire faiblit, le clan au pouvoir aura gagné et le chaos par lequel il a menacé, en vain, le citoyen, mais qu’il parvient encore à vendre à certains partenaires adviendra inéluctablement et ce sera terrible pour l’Algérie et la région nord-africaine», lance-t-il.

« Deuxième République : il faut un contenu »  

Poursuivant, Saïd Sadi appelle «à transformer l’insurrection citoyenne en une révolution démocratique». Pour ce faire, il recommande «l’invention de nouvelles institutions et de laisser tomber celle hérité du sous-développement».

«Ce n’est ni à Bouteflika, ni à l’armée de gérer cette transition. Il est plus pertinent pour le pays que le peuple se dote d’instruments d’organisation. Oui pour la deuxième République, mais il faut mettre du contenu», précise-t-il.

Le fondateur du RCD ne voit pas en revanche d’inconvénients à ce qu’il y ait un encadrement du mouvement populaire. «Les étudiants commencent à s’organiser. Il faudra aussi qu’il y ait des comités de quartiers. Des personnalités connues et reconnues par les citoyens peuvent guider cette insurrection. Mais, l’encadrement ne devrait pas être synonyme d’embrigadement», précise-t-il.

Appelant les leaders de l’opposition à «faire preuve de retenu et à taire», Saïd Sadi souligne que la priorité pour le moment est «dire au gens de système : partez d’abord».

 «Je n’ai pas d’ambition partisane ou exécutive »

Saïd Sadi nie, au passage, toute volonté de briguer un mandat électif. «Je n’ai aucune ambition partisane ou exécutive. L’ancienne génération doit s’effacer. Même la mienne doit savoir se rendre utile sans avoir de prétention à l’exercice du pouvoir. Notre rôle est d’aider, quand cela est possible et nécessaire, à passer le gué, mais non à postuler à des responsabilités organique ou exécutive», indique-t-il.

Et d’ajouter : «L’ancienne génération doit s’effacer. Même la mienne doit savoir se rendre utile sans avoir de prétentions à l’exercice du pouvoir. Notre rôle est d’aider, quand cela est possible et nécessaire, à passer le gué mais non à postuler à des responsabilités organiques ou exécutives. C’est en tout cas comme cela que, personnellement, j’appréhende ma place aujourd’hui», précise-t-il.