Said Sadi: « c’est bien la survie de la nation qui se joue sous nos yeux »

L’ancien président et fondateur du RCD, Saïd Sadi livre son analyse de la situation nationale à la veille du scrutin présidentiel d’avril 2019. Attendu par certains observateurs comme un candidat à cette joute, l’homme met fin à toute les supputation.

Crédit photo: DR | Said Sadi , ancien président u Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD)

L’ancien président et fondateur du RCD, Saïd Sadi livre son analyse de la situation nationale à la veille du scrutin présidentiel d’avril 2019. Attendu par certains observateurs comme un candidat à cette joute, l’homme met fin à toute les supputation.

« L’auteur de ces lignes n’est ni candidat à quelque poste que ce soit ni partie prenante de l’une ou l’autre des mises en scènes qui se profilent sous nos yeux depuis maintenant plusieurs semaines », précise-t-il dans une longue contribution, publiée aujourd’hui par le journal électronique TSA.

Sous le titre « l’épreuve de vérité », le document constitue, comme l’affirme l’ex-président du RCD, « une analyse aussi claire que possible de la situation algérienne avec, hélas, ses avatars présents et ses sombres présages ».

Il commence ainsi par un rappel d’un constat selon lequel « l’Algérie a manqué son départ d’après guerre ». Partant de son expérience et de sa profonde connaissance de la nature du système qu’il a combattu, de longues années durant, Saïd Sadi lance, d’emblée, des critiques acerbes au régime et ses représentants, avant d’égratigner certains prétendants à la présidentielle, dont le général major-Ali Ghediri, auquel il consacre un important paragraphe.

Mais il ne se contente pas de cela. L’homme livre aussi des propositions pour réaliser « un nouveau destin » pour les algériens.

« La mise en perspective d’un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas, être associé à une sortie honorable consacrant sa fin de vie. Aucun des acquis qui viennent d’être rappelés n’a été le fruit d’une décision du régime. Il en sera de même pour la recherche d’une nouvelle configuration nationale à laquelle appellent depuis des années les opposants les plus raisonnables », indique-t-il.

Et de préciser: « Sauf que si on attend de voir le pouvoir s’y résoudre, ce sera trop tard car, cette fois, le sujet tient du one shot. On peut toujours rattraper un retard ou corriger une trajectoire sur un chantier si lourd et si complexe soit-il, mais l’Histoire n’offre pas beaucoup d’exemples de nations ressuscitées quand elles ont sombré. Or c’est bien la survie de la nation qui se joue sous nos yeux ».

L’inévitable menace islamiste qu’on ne manquera pas de brandir ne vaut, selon lui, « que s’il y a une volonté du régime de l’instrumentaliser pour justifier un maintien que son bilan condamne ». « Imposer un cahier des charges où les principes démocratiques seraient des postulats auxquels doit souscrire tout compétiteur est une chose faisable et éprouvée avec succès chez nos voisins », souligne-t-il.

 L’élection du 18 avril est épiphénomène

Sur sa lancé, Saïd Sadi aborde la prochaine échéance électorale qui selon lui, un épiphénomène face à l’enjeu du destin national. « Ceux qui, ignorant les enseignements du passé, ont, malgré tout, voulu s’y engager vérifient quotidiennement, et à leurs dépends, la vanité de disputer dans son antre la victoire à un spectre représenté par son image », écrit-il.

Pour lui, « l’essentiel et l’urgence sont ailleurs ». « (…) Nous sommes obligés de nous regarder tels que nous sommes avant d’affronter le regard de nos enfants. Nous n’avons d’autres choix que de nous repenser à travers de nouvelles valeurs et par des mécanismes opérationnels étrangers à la grammaire politique du système », indique-t-il.

Certes, précise-t-il, la bataille « sera rude », mais cela, ajoute-t-il, « ne veut pas dire qu’elle ne sera pas loyale si nous nous  donnons les moyens de la préparer avec clarté et méthode ».

« C’est bien connu, il n’y a de bataille perdue que celle qui n’a pas été livrée. A ceux qui seraient impressionnés par les menaces d’apparatchiks vantant la capacité du régime à contenir la rue, il faut rappeler cette vérité. Les Algériens n’ont pas gagné leur indépendance parce qu’ils disposaient d’une force supérieure à celle de l’armée française. Ils se sont libérés le jour où ils ont compris qu’il n’y avait rien à espérer de l’ordre colonial », rappelle-t-il.