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Politique

Récit | Le dossier de Tadjadit est “truffé de dépassements graves et dangereux”

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DR | Le portarait du militant Tadjadit Mohamed Brandi lors d'une manifestation

Le procès des trois détenus Mohamed Tadjadit, Noureddine Khimoud et Abdelhak Benrahmani poursuivis pour neuf chefs d’inculpation s’est tenu ce jeudi 14 janvier au tribunal de Bab El Oued. Malgré l’interdiction de manifester à cause de la crise sanitaire, les slogans d’une vingtaine de manifestants ont retenti jusqu’à l’enceinte qui abritait le procès, avant que ces derniers ne soient éloignés par la police déployée en force devant le tribunal.

La quinzaine de femmes et hommes en robes noires qui se sont constitués ont fait du procès des trois militants, qui n’étaient pas présents dans la salle, le procès de la justice avec toutes les irrégularités relevées. “Un dossier fabriqué de toute pièce” s’indigne la défense.

“C’est le procureur de la République qui s’est rendu à l’hôpital leur promettant de programmer leur procès au cours de la semaine” nous a expliqué Me Meriem Kacimi, membre du collectif. C’est par la suite que “leur audience a été programmée pour le 14 janvier, puis, les trois détenus ont mis fin à leur grève de la faim enclenchée depuis le 27 décembre dernier “, ajoute l’avocate.

Les larmes coulent sur son visage

L’audience a débuté vers 10H30 du matin avec la présence du père de Tadjadit et les parents de Noureddine Khimoud. Au début, le juge seul pouvait voir l’écran qui montrait les détenus. Il a fallu l’intervention de Me Zoubida Assoul pour que le juge décide enfin de révéler l’écran qui montrait les trois détenus à toute l’assistance.“Les conditions d’un procès équitable exigent que le prévenu puisse voir sa défense et vice versa”, a argué maitre Zoubida Assoul.

Cachée sous son foulard, les rides sur son visage montrent sa tristesse et son inquiétude, la maman de Noureddine n’a pas résisté longtemps avant que les larmes ne coulent sur son visage.

Le juge commence à auditionner les trois prévenus. Les questions tournaient autour de leur participation au mouvement populaire “Hirak”.“Quels sont les slogans que vous scandiez durant les marches?”, “est-ce que vous avez déjà insulté le président de la République?”, “est-ce que vous avez déjà insulté l’armée?”.

“Ces gens-là sont-ils immunisés contre le coronavirus ?”

Neuf chefs d’inculpations ont été exhibés contre les trois prévenus dont “publications pouvant porter atteinte à l’unité nationale”, “discours de haine” et “incitation à la discrimination”, “incitation à attroupement non armée” et “exposition de vie d’autrui au danger pendant le confinement”. Pour cette dernière accusation, Me Tarek Merrah a interrogé le représentant du ministère public sur leur silence devant les partis politiques qui ont organisé des meetings pendant la campagne électorale pour la nouvelle constitution. “Ces gens-là sont-ils immunisés contre le coronavirus ?” s’interroge l’avocat avec ironie.

Les plaidoiries s’enchainent et les avocats battent en brèche l’un derrière l’autre les arguments présents dans le dossier. “C’est un procès politique” s’indigne Me Abdelghani Badi qui a précisé au juge que “les articles et les chefs d’inculpation que le parquet utilise contre les militants pour les jeter en prison sont devenus un standard dans la justice algérienne”.J’ai plaidé la semaine dernière à Chlef et Adrar, cette semaine à Alger et la semaine prochaine dans d’autres wilayas, mais les chefs d’inculpation sont toujours les mêmes” s’indigne l’avocat, qui regrette “l’instrumentalisation de la justice pour priver les citoyens d’un droit constitutionnel”. 

“Dépassement grave et dangereux”

Avec ses plus de 30 ans d’expérience dans le droit, Me Hebol Abdellah détruit toutes les accusations d’une manière magistrale. Ses mains encombrées par les codes de loi et conventions internationales paraphées par l’Algérie, la trentaine de personnes présentes à l’audience ont l’air d’assister au “procès de la justice”. Silence Radio ! “Je ne sais pas comment le parquet laisse passer autant d’irrégularités dans le dossier?” s’interroge l’avocat. “De quel droit un officier de police demande à un citoyen quelle est ton origine?”. Il a le droit uniquement de lui demander “son adresse ou son lieu de résidence”.

L’avocat plaide et fulmine encore plus après chaque point jusqu’au moment où il soulève un “dépassement grave et dangereux”. “Pire que l’origine, l’officier interroge l’accusé, et lui demande s’il consomme de l’alcool ou pas!”. Il pose tous ses livres de loi sur la table et se rapproche du juge le fixant droit dans les yeux : “C’est trop monsieur le président” s’indigne-t-il.

“L’article 79 est copié à la lettre du code pénal français”

C’est à ce moment là que Habboul raconte les histoires des articles de lois utilisaient pour emprisonner des militants politiques. “L’article 79 est copié à la lettre du code pénal français”, avant de préciser que cet article de loi “n’a jamais été utilisé ni par Boumediene ni par ses successeurs même pendant la décennie noire”.

Le juge a donné le parole au procureur de la république qui a requis, sans plaider, deux ans de prison ferme et 200 000 dinars d’amende. Les avocats ont dénoncé “l’exagération des accusations”, et ils ont tous à leur tour demandé “la relaxe et la restitution des objets saisis”. Les trois prévenus qui croupissent dans les geôles de la prison d’El Harrach ont tous demandé à leur tour “la relaxe”. “On demande la relaxe et vive l’Algérie”.

Le juge a renvoyé le verdict pour la semaine prochaine, 21 Janvier 2021.

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