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Politique

Récit hallucinant du procès du journaliste Rabah Karèche incarcéré à cause d’une mauvaise traduction !

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© DR | sit-in devant les locaux du journal Liberté pour la libération de Rabah Karèche le 25 avril 2021
© DR | sit-in devant les locaux du journal Liberté pour la libération de Rabah Karèche le 25 avril 2021

Le centre-ville de la wilaya de Tamanrasset habituellement calme en cette période de l’année, en raison de la chaleur, fait exception à la règle en cette journée du 5 août. Des hommes et femmes en robes noires et des journalistes partis d’Alger occupent le tribunal de Tamanrasset qui accueille le procès du journaliste Rabah Karèche.

Après plusieurs coups de raquette entre le juge d’instruction et la chambre d’accusation, le dossier du journaliste Rabah Karèche a enfin atterri devant la juge près le tribunal correctionnel de Tamanrasset.

Les aiguilles de l’heure pointent 10h et le coup d’envoi du procès devrait être donné d’une minute à une autre dans la salle d’audiences qui regroupe les avocats, les confrères et les proches du journaliste ainsi que des témoins dans l’affaire. Les signes de stress et d’inquiétudes sont visibles sur les visages de tout un chacun.

Alors que tout le monde se demandait si Rabah viendra au tribunal, son visage apparait soudainement dans l’écran de la salle d’audience. Il sera jugé par vidéo-surveillance. Une mesure introduite dans les tribunaux algériens avec l’arrivée de la pandémie de coronavirus en février 2020 au pays. « Il parait plutôt en bonne forme », chuchote-t-on.

Sous les regards des présents dont l’épouse de Rabah Karèche, la juge commence par les procédures habituelles dont des questions sur l’affiliation du prévenu. Ces formalités dépassées elle commence à l’interroger et la nature des questions confirme vite que Rabah Karèche est jugé pour sa qualité de journaliste.

Google Traduction

A peine le procès entamé, les avocats relèvent une lacune, pour le moins inattendue, dans le procès verbal. Tandis que la juge reproche au journaliste d’avoir usé de certaines expressions qui “incitent à la discorde” dans son article sur le découpage administratif, les avocats rétorquent et font des révélations hallucinantes!

Dans le procès verbal “la police judiciaire a utilisé la plateforme de Google traduction afin de traduire ses articles du français vers l’arabe” alors que le code de procédures pénales exige de faire appel à un traducteur assermenté.

Cette révélation laisse les présents perplexes, ne croyant pas ce qui se passe. Ils ne savent pas s’ils doivent rire ou pleurer face à la gravité de la situation.

Le journaliste, lui, rejoint ses avocats et affirme que la traduction effectuée accorde un tout nouveau sens à ses textes.

Le procès se poursuit et le texte de Rabah Karèche est décortiqué à la lettre. Du titre aux déclarations qu’ils comportent, seule la ponctuation échappe aux critiques !

« Pourquoi as-tu choisi le titre de la « Colère gronde dans l’Ahaggar ». Que pensera le citoyen en lisant ça ? », reproche la juge à Rabah Karèche.

C’est en effet cet article-là publié la mi-avril dernier sur les colonnes du quotidien Liberté qui lui a valu une arrestation et un séjour de quatre mois en prison et une qualification de « pyromane » de la part du président de la République lors d’un entretien accordé au magazine français Le Point.

Accusé de vouloir, à travers ses écrits journalistiques, provoquer « la discrimination et la haine », « porter atteinte à l’unité nationale et à l’ordre publics » et « propager de fausses informations », les avocats ont démoli le dossier de l’accusation qui ne comporte « aucune preuve ».

Nous refusons qu’il en paye le prix

Enveloppés dans leurs grands chèches et longues tuniques, les notables ont témoigné en faveur du journaliste Rabah Karèche. Appelés à la barre, les trois hommes ont vanté le professionnalisme du journaliste affirmant qu’il n’a fait que rapporter « fidèlement » leurs doléances.

« Nous faisons confiance à Rabah Karèche. Il rapportait fidèlement nos doléances. Il fait un travail formidable. Mieux que les autorités locales. C’est grâce à lui et à ses articles que nous avons pu régler de nombreux problèmes. Nous refusons qu’il en paye le prix », a déclaré l’un des trois notables.

De son coté, l’avocat Noureddine Ahmine a rappelé, en citant les dires d’un notable, que « c’est grâce à un article de Rabah Karèche qu’une commune de Tamanrasset a pu bénéficier de postes d’électricité ».

Les plaidoiries s’enchaînent et les avocats rejettent une à une les accusations portées contre leur client.

« Rabah Karèche est journaliste. Le quotidien Liberté a fourni les documents qui le prouvent et le code de l’information de 2012 interdit l’emprisonnement des journalistes », a argué maitre Zoubida Assoul.

Connaissez-vous Khaled Drareni ?

Ce n’est pas que les écrits du journaliste qui ont été repassés sous la loupe mais ses relations aussi. Alors que le « scandale » de Google Traduction se digère mal encore, la juge frappe avec une autre question, cette fois-ci destinée à l’épouse de Rabah Karèche.

Appelée à la barre, cette dernière se détache du banc qu’elle partageait avec son beau-frère et sa belle-sœur et se présente. La juge lui pose d’abord des questions sur les écrits de son mari avant de passer à ses relations, et là quelque chose sonne mal !

« Votre mari avait-il une relation avec Khaled Drareni ? Le connaissiez-vous ? », Pose la juge en direction de l’épouse. « Il est venu une fois pour se solidariser avec lui. Je ne le connais pas », répond-elle.

Condamné l’année dernière à la même période pour « atteinte à l’unité nationale » et « incitation à attroupement » avant d’être libéré sur ordre du Président en février 2021, le journaliste Khaled Drareni était présent dans la salle d’audience.

3 ans de prison ferme requis, verdict en attente

Ainsi, depuis 10h jusqu’à 14h, les avocats ont défendu leur client de ces accusations jugées « préjudiciables à la liberté de la presse ».

« 120 journalistes ont été assassinés durant la décennie noire pour que Rabah Karèche soit libre aujourd’hui. Mais l’histoire retiendra qu’en 2021 un journaliste a été emprisonnée pour ses écrits », s’est écrié maitre Abdelghani Badi.

Le procureur de la République a requis trois ans de prison ferme et 100.000 DA d’amende et la juge a renvoyé le verdict au jeudi 12 août.

Dans une dernière déclaration, le journaliste Rabah Karèche a rappelé que « le journalisme c’est de transmettre la voix du citoyen au responsable et non pas le contraire. Je demande la relaxe », a-t-il conclu

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