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Politique

Pris entre le Hirak et les généraux, Tebboune arrivera-t-il à s’en sortir ?

Kenza Ait Bachir

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© DR | Le préident de la république Abdelmadjid Tebboune et feu Ahmed Gaid Salah
© DR | Le préident de la république Abdelmadjid Tebboune et feu Ahmed Gaid Salah

Les évènements s’accélèrent au somment de l’Etat. Le président Teboune donne l’impression de quelqu’un qui voulait prendre les choses en mains et qui attendait juste le moment opportun pour passer à l’action. Mais sur le terrain, les arrestations des militants et journalistes se poursuivent, sans pour autant montrer aucune mesure d’apaiser la situation. Tebboune réussira-t-il à reprendre les choses en main après l’arrestation du patron de la DGSI et le changement à la tête de la DGSE ? Décryptage.

Le limogeage du général-major Wassini Bouâzza de la tête de la DGSI, puis sa traduction devant la Justice militaire, le rappel du Général major Youcet Bouzit à la tête de la DGDSE sont les signaux d’un profond chamboulement qui s’opère au sommet de l’Etat et qui offrent des indices sur un renversement de rapports de force au profit de l’équipe de Tebboune. Ceci sans pour autant dissiper le brouillard qui continue, néanmoins, à planer sur sa future démarche stratégique qui définira l’avenir politique du pays. 

Pour le cas de Wassini Bouâzza, cette décision était tant attendue par l’opinion publique, en tout cas. On découvre, subitement que cet officier général était un acteur sans relief qui a voulu se donner l’image d’un chef de file d’un clan incontournable dans les rouages du pouvoir ou, pourquoi pas, la carrure d’un « nouveau faiseur » de présidents de la République. Or ses failles sont multiples.

D’abord, il fait preuve d’une incapacité à gérer une structure de renseignement, car l’homme venait des Infrastructures militaires, et non pas des arcanes du Service. Ensuite, à l’instar des autres acteurs qui le soutenaient, il a brillé par une myopie de stratégie facile à diagnostiquer.

Il semble que l’homme s’est surestimé jusqu’à la paranoïa, et ignorait que ses ambitions politiques contrastaient avec son incapacité à mobiliser des moyens adéquats. L’adage le dit bien : On ne se projette pas du jour au lendemain général lorsque sa dimension ne dépasse celle d’un simple caporal. Ceux qui avaient cru en lui, lui ressemblent en tout cas.

privé ses détracteurs de leur « force de frappe »

A première vue, ce limogeage reste, malgré tout, « un véritable fait d’arme » pour le président Tebboune qui veut, sans doute, se donner l’image d’un Chef qui maitrise les rouages de l’Etat. La question de savoir s’il a, réellement, privé ses détracteurs de leur « force de frappe », ça, ce sont les jours à venir qui vont nous le dire.

En tout état de cause, le président Tebboune, théoriquement, dispose désormais d’une marge de manœuvre qui lui permettra d’introduire une certaine cohérence au sein de son équipe (pour ne pas dire clan), civils et militaires et, de là, asseoir son autorité de président de la République, et aussi chef suprême des forces armées.

Dans une telle perspective, Teboune aura à introduire une certaine fluidité dans la communication entre lui et le Chef d’Etat-major. Dans le prolongement cette même optique, Chengriha conforte, à son tour, sa posture au sein de l’institution militaire en récupérant son contrôle sur trois institutions-clés de renseignements : la Sécurité de l’Armée, la DGSI et la DGDSE.

Il lui reste encore, c’est une question de temps, de ramener dans son giron les autres structures qui semblent lui échapper, surtout le contrôle radioélectrique et le Chiffre (écoutes, surveillance électronique et les Transmissions).

Une ouverture sur le Hirak

A ce titre, l’éditorial du dernier numéro de la revue « El-Djeiche » mettant en exergue cette cohérence, a été suivi par le geste symbolique (mais inédit, faut-il le noter) où le Chef d’Etat-major en personne procède à l’installation du nouveau DGSI. 

La question se pose maintenant sur les conséquences politiques de tous ces évènements. Il s’agit de savoir si tous ces changements procèdent à une stratégie que le président Teboune et son équipe comptent adopter pour une ouverture sur le Hirak et, éventuellement, la classe politique, surtout que l’homme ne tari jamais d’éloges envers les hirakistes et multiplie ses promesses d’une refonte sérieuse du système. 

À la lumière d’une telle hypothèse, il n’est pas exclu un remaniement partiel du gouvernement. Il faut se rappeler que beaucoup de chose ont été dites au sujet de ce gouvernement comme étant résultant d’un compromis entre les deux clans antagoniques. Donc, là aussi, Tebboune aura besoin, et rapidement, à donner un coup dans la fourmilière.

Certains ministres ne sont pas là pour redorer son image, du fait de leur incompétence, alors que d’autres semblent travailler carrément contre lui, c’est notamment le cas Belkacem Zeghmati, qui continue à jeter les militants, journalistes et toute voix qui s’élève contre le pouvoir en prison.

Il sera une grande erreur de croire que le Hirak a désarmé

Teboune, ainsi que ses proches conseillers ont intérêt à saisir le contexte actuel qui est en leur faveur pour amorcer une nouvelle démarche mieux réfléchie et plus cohérente. A commencer par ne pas dilapider bêtement ces gains politiques enregistrés, au sein de l’opinion publique, immédiatement après l’annonce du limogeage et de l’emprisonnement du GM Wassini Bouâza.

Il sera une grande erreur de croire que le Hirak a désarmé. Le confinement sanitaire actuel l’a, simplement, réduit au statut d’observateur attentif et les signes sont là pour dire que le retour au cycle des marches populaires s’annonce d’emblée très chaud.

Alors, au lieu de continuer à l’affronter et à provoque le Hirak, le président Tebboune et son équipe auront tout à gagner à se montre réalistes et ingénieux dans leur analyse de la situation actuelle.

Le maintien des militants du Hirak et Journalistes dans les prisons, surtout en ces temps de pandémie, reste une tache noire dans son bilan. L’acharnement de la justice sur ces derniers, notamment sur Karim Tabbou qui vie un cauchemar depuis sa mise en prison n’est pas facile à oublier par l’opinion publique.

Au prochain classement mondial de la liberté de la presse, l’Algérie sera certainement la concurrente de la Chine et la Corée du Nord, après la cabale menée contre les journalistes jetés dans les prisons, et les pressions exercées contre les quelques médias qui continent à exercer leur métier en toute liberté.

Le mieux sera de se réconcilier avec le Hirak. L’investissement politique consenti par Teboune dans les changements opérés au sommet de l’Etat lui confère la capacité de l’initiative pour un dialogue politique sérieux.

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