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Pour Rebrab, fermer  « Liberté », c’est-vital !

L’homme d’affaire Issad Rebrab, patron du groupe privé Cevital, s’est exprimé aujourd’hui 14 Avril dans les colonnes de son journal « Liberté » sur les motivations qui l’ont poussé à procéder à la fermeture de ce média né il y a 30 ans.

Dernier jour de parution de ce journal dans les kiosques ! Au sein de la corporation, cette journée est considérée comme deuil national. Sur les réseaux sociaux, c’est la consternation totale. Ce sentiment est partagé par tout le monde. À partir de ce 14 avril, plus de caricature d’Ali Dilem, et plus de Contrechamps du célèbre chroniqueur Mustapha Hammouche sur la dernière page de « Liberté ».

L’actionnaire majoritaire de la société SAEC-Liberté s’est enfin exprimé aujourd’hui sur sa « décision de la fermeture du journal Liberté », et reconnait néanmoins que cette décision « a soulevé une vague d’émotion et de protestation ». Au-delàs de la littérature, Issad Rebrab s’appuie beaucoup sur l’aspect économique de la société SAEC-Liberté qui édite le journal. « Je confirme que sa situation économique ne lui permet qu’un court et vain sursis ». Mais cet argument est-il réellement la motivation de l’homme d’affaire ?

« La trésorerie de société est positive »

Si on se réfère aux derniers exercices de la société, effectivement, les bilans sont négatifs. Mais ce que l’homme d’affaire ne dit pas, ce sont les actions détenues par cette société auprès des sociétés NCA Rouiba, Biopharm entre-autres ainsi que les placements de fonds dans certaines banques. Les dividendes générés par les actions de le la SARL SAEC-liberté ne sont pas distribués aux actionnaires de liberté, mais sont injectés dans le compte courant de la société et la trésorerie en bénéficie.

Autrement dit, Les actionnaires ne dégagent pas leurs bénéfices, mais avec la trésorerie générée par les actions détenues auprès de ces sociétés, SAEC-Liberté pourra continuer de travailler. Selon des sources proches de la direction du quotidien, « au jour de la fermeture, la trésorerie de la société est positive de plusieurs dizaines de millions de dinars ».  

Dans son message, Issad Rebrab dit clairement que « ce quotidien d’information a été proposé à la vente mais il a été victime, comme beaucoup de supports de presse, de l’évolution mondiale des comportements des lecteurs qui s’oriente vers la presse électronique ». Cette déclaration est plus qu’étonnante car le 14 janvier 2022, son secrétaire général, Djaafar Bouslimani a signé un communiqué paru dans le même journal annonçant que « dans un souci, entre autres, de rationalisation de ses ressources, le groupe (Cevital Ndlr) a aussi entamé la réduction de certaines de ses activités ne remplissant pas les critères de performance souhaités et a déjà cédé, depuis juillet 2021, la totalité de son activité au sein du quotidien Liberté aux professionnels du secteur ». Quelques jours après la parution de ce communiqué, l’information sur le Rachat du quotidien par Abrous Outouddart a circulé dans toutes les rédactions.

Que s’est-il passé ?

En juillet 2021, Abrous Outoudert a été installé au poste de directeur de la publication et gérant du journal Liberté, en remplacement de Hacene Ouali qui occupait ce poste depuis avril 2020. Avec 18 ans cumulés à la tête de « Liberté », Abrous a accepté le poste de directeur de publication car Issad Rebrab lui a promis de « lui vendre le journal », nous a confié une source très proche de l’homme d’affaire. Puis, le 22 octobre 2021, lors de la journée nationale de la presse, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a salué les directeurs des médias dont fait partie le nouveau directeur de liberté. Ce dernier a demandé le soutien de l’État au quotidien « Liberté », mais « le président lui a répondu clairement qu’il n’a pas de problème avec Liberté, mais par contre, il ne peut pas les aider car le journal appartient à un homme d’affaire riche », nous a confié un directeur d’un média qui a assisté à la cérémonie aux côtés de Abrous.

Relaxe d’Issad Rebrab

Quelques semaines plus tard, un plan de « compression d’effectifs » a été décidé à « Liberté » enregistrant plusieurs départs. En Janvier, le patron de Cevital pensait que la dégradation des relations entre le groupe et la présidence est causée par la ligne éditoriale du journal dont les titres ont été cités et critiqués plusieurs fois par le président Abdelmadjid Tebboune dans ses déclarations.

Il est important de rappeler à ce niveau qu’après la sortie de prison d’Issad Rebrab, ce dernier a été convié à maintes reprises aux événements organisés par la Présidence. Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a même déclaré une fois en présence d’Issad Rebrab que « les personnes présentes dans cette salle n’ont rien à voir avec la bande », confirmant ainsi la relaxe d’Issad Rebrab.

Mais quelques mois plus tard, les relations se sont vite dégradées, surtout après l’« incident » qui s’est produit lors de la 29e foire de la production algérienne lorsque l’homme d’affaire a préparé le plus grand stand. Ce jour-là, le Premier ministre Aimene Abderrahmane a évité le stand de Cevital, même si Issad Rebrab l’attendait en costume.

A partir de là, les dirigeants du groupe privé cherchent des solutions pour « renouer de bons contacts avec la Présidence », surtout après la décision du président de la République qui « a ordonné au Gouvernement d’interdire l’exportation de tous les produits de large consommation importés par l’Algérie, à l’instar du sucre, des pâtes, de l’huile, de la semoule et tous les dérivés du blé ». Depuis, Cevital et plusieurs industriels n’ont pas cessé de déposer « des demandes d’autorisation d’exportation » qui n’ont jamais été délivrées par le ministre du Commerce, même si, plusieurs pays ont manifesté leur souhait d’être « exceptés » de cette mesure, à l’image de la Jordanie, du Liban et de la Tunisie.

« Contraintes particulières »

Cette mesure jugée « sévère », impacte fortement le chiffre d’affaire du groupe privé Cevital, surtout que ce dernier a les moyens d’assurer les capacités d’un stock stratégique pour les besoins de la consommation locale, et continuer à exporter, surtout ce qui concerne le sucre.

Mais ce qui est certain, la décision sur l’interdiction d’exportation ne peut pas être levée, car sinon, cela confirmera les soupçons de deal entre le gouvernement et Issad Rebrab sur la fermeture du journal !

Privé de sa liberté de circulation, Issad Rebrab pense bien faire en fermant le journal « Liberté » et céder sa place à son fils Malik qui a déjà dirigé la société durant l’emprisonnement de son père.  « Au moment où je prends enfin une retraite effective, j’ai voulu faire en sorte que la relève qui me succédera puisse se consacrer au seul impératif de développement des activités industrielles du groupe, libérées des contraintes particulières de gestion d’une entreprise de presse ».

Issad Rebrab parle clairement de pressions politiques liées à la gestion de sa société. Mais pour le moment, c’est le silence radio du côté du ministère de la Communication et de la présidence de la République qui restent muets suite à la fermeture d’un des plus prestigieux journaux du pays.

Pressions directes ?  

Il est important de noter que deux de ses enfants sont poursuivis. Salim est sous contrôle judiciaire dans une affaire liée à la société Evcon et Malik, est poursuivi pour une affaire liée à l’importation de rond à béton.

Mais la grande interrogation dans toute cette affaire, c’est le refus d’Issad Rebrab de toute négociation avec le Collectif de « Liberté » lors de leur réception au siège du groupe. Il y’a deux semaines, Abrous Outoudert a relancé l’homme d’affaire sur son rachat, mais le patron de Cevital a refusé en lui répondant: « Je peux juste te céder la PAO ( piece dédiée au montage du journal) , en plus, tu es atteint d’une maladie et tu n’as pas d’annonceurs ! ».

Dans tous les cas, les enfants de l’industriel ne veulent plus de ce journal et la question de son maintien s’est déjà posée sur la table quand Issad était en prison. Tout le monde s’en souvient du jour de la non partition du journal, lors du procès de Rebrab en décembre 2020, car l’un de ces fils n’était pas d’accord avec les titres de « une ». Omar a même menacé de le ferme à plusieurs reprises à cet époque-là !

Visiblement, chez Cevital, la « Liberté » n’est pas Vitale !

Par Bouzid ICHALALENE

Directeur de publication. Passionné par l'enquête et le reportage. Je m'intéresse à tout ce qui se passe autours de moi.

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