Pollution sonore: comment peut-elle affecter pernicieusement notre vie ?

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Qui ne rêve pas d’une thébaïde pour se reposer les méninges, d’un moment de silence où tous les sons semblent s’interrompre pour oublier, un tant soit peu, son quotidien anxiogène. La tranquillité est devenue de nos jours, le fantasme de tout un chacun.

 

Assourdissants, criards ou tonitruants, les mots ne manquent pas pour qualifier les bruits qui nous cassent les oreilles. Et malheureusement on n y échappe pas. Klaxons, motos bruyantes, marteau piqueurs, musique trop fortes… l’être humain est constamment agressé par le bruit.

Depuis plusieurs années, les scientifiques se sont attelés à démontrer les contours de cette problématique. Hamou Ahmed, directeur du laboratoire d’études des sciences de l’environnement et des matériaux à la faculté des sciences exactes et appliquées de l’université Oran 1, nous renseigne davantage sur la pollution sonore qui constitue un véritable problème de santé publique.

«Nous sommes quotidiennement exposés à la nuisance sonore. Quand le bruit dépasse un certain seuil de volume sonore, il affecte négativement aussi bien notre santé physique que mentale», explique d’emblée Pr Hamou. En dépit de l’existence d’une loi qui règlemente l’émission des bruits, il semble que son application sur le terrain n’est pas chose aisée.

Dans l’article 2 du décret exécutif n°93-184 du 27 juillet 1993, il est stipulé que «les niveaux sonores maximums admis dans les zones d’habitation et dans les voies et lieux publics ou privés sont de 70 décibels (70 dB) en période diurne (6 heures à 22 heures) et de 45 décibels (45 dB) en période nocturne (22h à 6 h)».

En outre, l’article 3 précise que «Les niveaux sonores maximums admis au voisinage immédiat des établissements hospitaliers ou d’enseignement et dans les aires de repos et de détente ainsi que dans leur enceinte sont de 45 décibels (dB) en période diurne (6h à 22h) et de 40 décibels (dB) en période nocturne (22h à 6h)».

En effet, selon les scientifiques, l’échelle des décibels (mesure d’intensité sonore)  monte à 191 dB au maximum, ce qui correspond au bruit d’un fusil au décollage. Pour l’homme être exposé longtemps à des niveaux supérieurs à 85 dB peut être dangereux. Et au-dessus de 140 dB, l’individu peut perdre définitivement l’audition. Mais que veut-on dire par une nuisance sonore ?

Pr Hamou livre une définition simpliste du phénomène «La pollution sonore est un terme qui s’applique aux effets provoqués par des phénomènes acoustiques (ou bruits) ayant des conséquences sur la santé des personnes, de la gêne momentanée à des troubles plus graves. Le bruit constitue un phénomène omniprésent dans la vie quotidienne», instruit le Pr.

Prenant comme échantillon la ville d’Oran, Pr Hamou explique dans son enquête qui l’a réalisé en 2014 que des niveaux de concentrations de la pollution sonore étaient au-delà des normes en vigueur en Algérie. «Des niveaux sonores diurnes de 80 dB et plus ont été décelés dans certains quartiers de la ville. Les résultats de notre enquête, auprès de différentes tranches d’âges, montrent que 83 % expriment une gêne, voire une agression vis-à-vis des bruits de nature diverses», explique-t-il.

Allant plus loin dans son argumentaire, il met en avant les sources qui sont responsables dans ce phénomène. «Le bruit constitue un phénomène omniprésent dans la vie quotidienne, aux sources innombrables et d’une infinie diversité. En Algérie, les principales sources sont le trafic routier, ferroviaire et aérien, les industries et les travaux publics. Dans les villes, nous avons noté les bruits provenant du voisinage (télévision, radio, jeux des enfants dans la rue, etc.), des animaux domestiques (coq, chiens, chats, moutons, etc.), des salles des fêtes (musique, klaxons de voitures, pétards, etc.)», énumère Pr Hamou.

 

Santé en danger

Considéré aujourd’hui comme un fléau, la pollution sonore peut avoir des effets  néfastes sur la santé du citoyen. Son acuité va au-delà des problèmes de santé mentale. Pr Hamou indique que l’exposition au bruit pendant le sommeil peut augmenter la pression sanguine, la fréquence cardiaque et l’amplitude du pouls des doigts ainsi que les mouvements du corps.

Il peut y avoir aussi des séquelles le lendemain du sommeil perturbé; la qualité du sommeil perçu, l’humeur et la performance en termes de temps de réaction ont tous diminué suite au sommeil perturbé par le bruit de la circulation routière. Le danger qui guette l’individu au quotidien est donc sans équivoque. Le bruit peut induire un effet traumatique sur le système auditif ; effets traumatiques à court terme (sifflement /bourdonnement (acouphènes), dégradation transitoires de la perception des aigus et besoin d’une longue période de récupération et effets traumatiques à long terme (perte d’audition (la surdité de perception).

«L’exposition prolongée à des niveaux de bruits intenses détruit peu à peu les cellules ciliées de l’oreille interne. Elle conduit progressivement à une surdité irréversible. L’exposition à certains solvants, dits ototoxiques (substances pouvant entrainer des lésions de l’oreille interne), peut amplifier ce phénomène. Aujourd’hui, on ne sait pas soigner la surdité. L’appareillage par des prothèses électroniques se contente d’amplifier l’acuité résiduelle, il ne restitue pas la fonction auditive dans son ensemble», avertit le scientifique.

« Le citoyen manque d’informations et l’Etat doit agir »

Si les conséquences de la pollution sonore sont aujourd’hui bien déterminées par les scientifiques, qu’en est-il des solutions ? Pr Ahmed Hamou explique qu’il est impératif d’engager certaines mesures de lutte non pas pour éradiquer le problème mais du moins le minimiser afin de préserver la santé du citoyen et ainsi améliorer sa qualité de vie. Il insiste, en premier lieu, sur l’information, la prévention ainsi que la sanction. «Nous devons sensibiliser le citoyen sur les conséquences que peut engendrer la pollution sonore. Le citoyen manque d’informations et l’Etat doit agir», recommande-t-il.

Pour diminuer l’effet des bruits nocifs, le professeur préconise d’utiliser des isolations acoustiques des bâtiments (fenêtres à double vitrage, laine de verre, matériaux antibruit, etc.). S’agissant du transport, il est recommandé de réduire les émissions sonores à travers le remplacement des silencieux sur les pots d’échappement des véhicules ainsi que les mesures prises sur les infrastructures elles-mêmes, tels les écrans antibruit ou les remblais le long des routes. Pour les bruits Industriels, Pr Hamou insiste sur la réduction du bruit engendré par les machines et la protection individuelle des travailleurs (casques antibruit). Cependant, en dépit de l’existence des textes de loi régissant les niveaux sonores émis dans l’environnement, aucune application sur le terrain n’a été définie pour le moment, raison pour laquelle, le scientifique réclame l’actualisation du décret exécutif datant de 1993.

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