Pierre Mansat, président de l’Association Maurice Audin : « Nous allons nous investir dans le combat pour tous les disparus algériens ».

Pierre Mansat, président de l'Association Maurice Audin

Crédit photo : DR | Pierre Mansat, président de l'Association Maurice Audin

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Dans cet entretien, Pierre Mansat, ancien maire adjoint PCF de Paris et président de l'Association Maurice Audin, qualifie la déclaration du président de la République. M. Emmanuel Macron, de courageuse. Selon lui, cette déclaration va bien au-delà de la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans l’assassinat de Maurice Audin. Il affirme dans ce sens qu’ "il dénonce avec force le fait que cela a été possible parce que les autorités politiques françaises avaient organisé un système qui l'a permis. Un système qui faisait des disparitions et de la torture un outil de terreur contre les combattants de l'indépendance de l'Algérie".

Inter-Lignes Algérie : Quelle est votre réaction suite à la déclaration officielle du Président de la République, M. Emmanuel Macron, reconnaissant la responsabilité de l’Etat Français dans l’assassinat de Maurice Audin ?

Pierre Mansat : Tout d’abord un flux d’émotion, d’affection pour Josette Audin, qui n’a jamais baissé les bras pendant 61 années, et pour ses enfants Michèle et Pierre. Et ce cri « enfin ! « , avec une pensée très singulière pour ceux qui ont mené ce combat pour la vérité et contre la torture ; Henri Alleg, Laurent Schwartz, Pierre Vidal-Naquet…les historiennes et historiens, les élus et militants, les journalistes…

Il a fallu 61 ans pour que l’État français reconnaisse officiellement ses responsabilités dans la disparition, la torture et la mort de Maurice Audin. Pourquoi ce retard selon-vous ?

La déclaration du président de la République va bien au-delà de la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans l’assassinat de Maurice Audin. Il dénonce avec force le fait que cela a été possible parce que les autorités politiques françaises avaient organisé un système qui l’a permis. Un système qui faisait des disparitions et de la torture un outil de terreur contre les combattants de l’indépendance de l’Algérie. Bien sur 61 années c’est incroyable, mais c’est à mettre en rapport avec la difficulté de la France de regarder en face son passé colonial [il y a peu certains osaient affirmer que la colonisation était une mission civilisatrice !], et la difficulté à approcher les immenses souffrances liées à la Guerre d’Algérie. Ce geste est donc un évènement historique de grande portée, il permet de franchir une étape décisive dans l’appropriation d’une mémoire refusant les haines. Cette reconnaissance va-t-elle faciliter aux historiens, chercheurs et aux journalistes de travailler sur les mémoires blessées de la Guerre d’Algérie ?  Et Comment ? Oui d’abord concrètement, la décision d’ouvrir toutes les archives va permettre de découvrir des fonds sans doute inexploité. Cela impliquera un travail énorme de la part des archivistes et des historiens, mais je crois qu’ils sont bien décidés à s’y lancer avec détermination.

À votre avis, quel est l’avantage qu’on peut avoir sur la reconnaissance de l’assassinat de Maurice Audin ? Va-t-elle mettre de la lumière sur le sort de milliers d’Algériens disparus durant la Guerre d’Algérie ?

Là aussi je rappelle que Maurice Audin se considérait comme un Algérien, qu’il était engagé dans le combat pour l’indépendance. Il est un cas emblématique, mais il y a eu des milliers et des milliers de torturés et disparus, essentiellement des Algériens, et quelques  » Européens » [comme on disait à l’époque] et cette avancée sur la mort de Maurice Audin ouvre grande la porte pour un travail historique et de mémoires sur tous les disparus.

Et qu’en est-il de l’ouverture des archives françaises sur la guerre d’Algérie ?

Ce sera essentiel. Mais cela nécessitera un effort très important, une mobilisation des historiens et archivistes, des moyens humains renforcés car il faut savoir où et quoi chercher.

En tant que président de « l’Association Maurice Audin », quelle sera votre prochaine étape sur le travail de mémoire et de l’histoire qui lient entre l’Algérie et la France ?

D’abord continuer les actions de révélations ; qui sont les tortionnaires, dans quelles conditions Audin est-il mort ? Où est sa dépouille ? Non pas dans une volonté d’accusation mais de vérité totale. Nous allons sans doute nous pencher sur la question de la loi d’amnistie qui est un obstacle sur le chemin de la vérité. Et nous continuerons l’action pour que toutes les leçons soient tirées de l’instauration du système de la torture. Et nous allons nous investir dans le combat pour tous les disparus Algériens et nous pourrons, dans les heures qui viennent, une initiative prise en commun avec le site Histoire coloniale. net.

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