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Politique

Moncef Ait-Kaci: Les coulisses de son incarcération relatées dans une lettre

Yasmine Marouf-Araibi

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Placé sous mandat de dépôt, mardi, par le tribunal de Bir Mourad Rais, le journaliste Moncef Ait-Kaci a laissé une lettre à travers laquelle il relate les coulisses qui ont précédé son incarcération et dont voici le texte intégral :

“Convoqué à deux reprises par la Gendarmerie nationale de Bir Mourad Rais à cause des prestataires techniques, sous traitants de Médian qui travaillent pour France 24. Normal, je m’y suis fait, je fais le boulot, ils font leur boulot.
Ma première convocation par téléphone était le 28 novembre 2019.
J’ai ensuite voyagé à Paris et j’y suis retourné après le vote (le 21 décembre 2019). Je ne voulais pas et ne pouvais pas couvrir les élections présidentielles à Alger, en sachant que je n’étais pas accrédité à cette période pour le faire. J’ai donc respecté cette décision indirectement signifiée.
Je ne savais même pas que durant la première convocation ils m’avaient mis sous ISTN (interdiction de quitter le territoire national), la gendarmerie ne me l’avait pas annoncé de manière officielle, ni le procureur , je l’ai découvert en m’apprêtant à voyager le 26 février 2020. On m’a refoulé à l’aéroport et c’est là que j’ai appris, très choqué, la nouvelle.
Non seulement effondré d’être refoulé et de rater mon voyage, ce qui a chamboulé mes projets et m’a affecté financièrement, moralement …
Je suis revenu chez moi, bouleversé et perdu, j’ai alors entamé des procédures légales, en faisant appel, discrètement, à un avocat pour déposer une demande de levée de l’ISTN auprès du procureur.
La deuxième convocation était justement intervenue avant mon départ en voyage « annulé à cause de l’ISTN » , je crois que la gendarmerie m’a rappelé vers le 13 ou 14 février. Je ne m’en souviens pas. Toujours, des questions sur mes activités de correspondant et comment j’ai pu travailler avec les prestataires concernés. J’ai bien évidemment expliqué que je ne faisais qu’appliquer les instructions de mes employeurs sans chercher à comprendre qui est autorisé à travailler et qui ne l’est pas parmi ces prestataires, puisque la technique ne me concerne pas.
(Toujours utile de faire savoir que les gendarmes ont toujours été respectueux avec moi durant les interrogatoires, mêmes si ces interrogatoires restent éprouvants et surtout épuisants à la longue)
J’ai signé deux PV chez eux en 2019 et en 2020.
Malgré tout ça je n’ai rien médiatisé. J’ai cru en la justice et étant persuadé que je n’ai rien fait, à part mon travail, j’ai temporisé et ai tout gardé dans mon cœur. Alors que je pouvais très bien, avec les conseils de mes proches et confrères, informer l’opinion publique de cette terrible mésaventure et injustice, ce qui est mon droit le plus absolu. Non, j’ai plutôt opté pour la discrétion en espérant qu’on me rende justice.
Je tiens à rappeler que j’ai toujours été professionnel, neutre dans ma couverture médiatique de l’Algérie et de l’international, en tant que journaliste présentateur JT en français durant 4 ans sur Echorouk News , correspondant France 24 en français et en anglais, expérience marquée par la couverture difficile mais enrichissante du Hirak, et même sur mes réseaux sociaux. D’ailleurs, les gens et particulièrement ceux qui m’ont toujours été fidèles et me suivent, peuvent en être témoins !
Je n’ai jamais causé de tort à qui que ce soit. De nature militant et engagé, j’ai mené un véritable combat avec moi-même durant toutes ces années pour rester neutre et professionnel.
Résultat : on me refoule à l’aéroport , car interdit de quitter le territoire national, tel un criminel, sans être notifié par le procureur ni l’avoir su avant, de sorte au moins à éviter cette humiliation et ne pas me déplacer à l’aéroport. On me l’avait lancé une fois durant mon interrogatoire mais j’étais persuadé que c’était juste pour me tracasser.
J’écris ce message très rapidement, je l’ai rédigé quand j’ai appris ce samedi 18 juillet que je devais me présenter à la Gendarmerie pour récupérer ma convocation et passer chez le procureur dans le cadre de la clôture de l’enquête qui, je le rappelle, a un lien avec ma fonction de correspondant France 24 , et les prestataires techniques, mais pas avec mes écrits ni mes correspondances éditoriales.
Alors qu’on m’a assuré que c’était simplement pour récupérer une convocation et passer chez le procureur, ce qui nous a tous laisser croire que c’est un signe positif d’apaisement pour fermer ce dossier où j’ai été impliqué, indépendamment de ma volonté, voilà que je me retrouve piégé sans comprendre ce que j’ai fait pour mériter tout ça , moi qui ai toujours tout fait pour rester professionnel et intègre, et « ils » le savent pertinemment !
Je vous informe aussi que j’ai eu une proposition durant l’été 2019, pour présenter le JT de Canal Algérie. J’ai décliné, poliment, cette proposition, en expliquant que j’étais déjà sous contrat et que l’expérience de correspondant me plaisait beaucoup, elle rentrait naturellement dans le cadre de mon parcours.
Retenir donc les dates que j’ai mentionnées pour raconter ma mésaventure, du jour où j’ai appris que j’avais été sous le coup d’une ISTN (décidée le 11 décembre 2019), au jour de l’appel de la gendarmerie (le 18 juillet 2020), une ISTN qui, je le souligne, a été renouvelée le 17 mars 2020. Et là encore, je n’ai rien annoncé.
Je tiens aussi à rappeler que j’ai respecté les instructions des services de sécurité et de toutes les parties, ministère de la Communication inclus, lorsqu’on m’a signifié que je ne devais plus travailler sans accréditation. Je continuais alors à rédiger des e-mails, donner des informations au quotidien et faire des interventions via Skype et téléphone depuis mon domicile, travailler très discrètement car j’aime mon métier, je voulais évoluer, apporter un plus, aider les gens, porter la voix du peuple, expliquer et analyser les discours officiels, J’ai donné la parole à tout le monde et ai fait la part des choses, toutes mes interventions sont disponibles sur Internet … Tout ça c’est ma bulle, mon monde. J’aime mon métier et c’est plus fort que moi.
On ne m’a pas laissé le faire et j’ai respecté ces avertissements à contre cœur.
Le 1 er juillet 2020, mes employeurs ont décidé de mettre fin à la collaboration avec moi en tant que correspondant, car je ne travaillais plus sur le terrain, car justement j’ai respecté les instructions.
Avec tout ce qui m’est arrivé , rien n’a fuité médiatiquement ou publiquement, seuls mes proches étaient au courant de toutes ces étapes difficiles par lesquelles je suis passé, en plus du contexte actuel : le coronavirus et les diverses tensions …
Terrible et malheureux d’être un jeune journaliste algérien, passionné, qui a pour objectif de briller et représenter son pays , tout en offrant une belle image de l’Algérie, pour subir, à peine à 28 ans, de telles injustices”.

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Politique

L’Union européenne “préoccupée” par la condamnation du journaliste Khaled Drareni

Yasmine Marouf-Araibi

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L’Union européenne suit avec “préoccupation” la situation du journaliste Khaled Drareni qui a été condamné le 10 août à trois ans de prison ferme, a déclaré vendredi une porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, assurant que l’UE appelle l’Algérie à “œuvrer à l’apaisement et au dialogue”.

“Nous suivons avec préoccupation la situation du journaliste Khaled Drareni, condamné à trois ans de prison ferme pour “incitation à attroupement non armé et atteinte à l’unité nationale”, a déclaré la porte-parole Nabila Massrali.

“Nous traitons des cas individuels et des questions relatives aux droit de l’Homme à différents niveaux dans le cadre du dialogue entre l’UE et l’Algérie”, a-t-elle assuré, ajoutant que l’UE appelle l’Algérie à “œuvrer à l’apaisement et au dialogue”.

Arrêté le 07 mars dernier alors qu’il couvrait une manifestation populaire à Alger-centre, le journaliste Khaled Drareni est en détention depuis le 29 mars pour “incitation pour attroupement non armé” et “atteinte à l’unité nationale”.

Lors du procès qui s’est déroulé le 03 août, le procureur de la république a requis une peine de quatre ans d’emprisonnement, 100.000 DA d’amende et une privation des droits civiques pendant quatre ans contre le journaliste et ses co-accusés: les activistes Samir Belarbi et Slimane Hamitoche.

Le 10 août, le tribunal de Sidi M’hamed rend son verdict condamnant le journaliste à trois ans de prison ferme et 50.000 DA d’amende. Les deux activistes, placés sous mandat de dépôt le 10 mars et libérés le 02 juillet, ont été condamnés à deux ans de prison dont quatre mois ferme.

La condamnation du journaliste Khaled Drareni a généré une large campagne de solidarité en Algérie comme à l’étranger où plusieurs ONG et associations ont réclamé sa libération. Ses avocats, qui ont dénoncé un “procès politique”, ont fait appel du verdict.

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Politique

Pétrole: Le Brent à 44,57 dollars le baril

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Les cours du pétrole étaient en baisse vendredi, dans le sillage de la veille, lestés par les perspectives moroses de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à propos de la demande mondiale de pétrole pour 2020 et 2021.

Dans la matinée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre valait 44,57 dollars à Londres, en recul de 0,87% par rapport à la clôture de jeudi.

A New York, le baril américain de WTI pour le mois de septembre lâchait 0,88% à 41,87 dollars.

“La hausse déclenchée par les données sur les stocks de pétrole brut aux Etats-Unis mercredi s’est éteinte aussi vite qu’elle avait commencé”, ont constaté des analystes de Oanda.

“Les prix ont subi des pertes en raison de l’inquiétude renouvelée (des investisseurs) concernant l’évolution de la demande de pétrole dans le monde”, ont-ils expliqué, faisant référence aux données publiées la veille par l’AIE.

L’AIE prévoit que la demande de brut chute cette année à 91,9 millions de barils par jour (mbj), soit 140.000 de moins que prévu jusqu’alors, avant de rebondir à 97,1 mbj en 2021, soit 240.000 de moins que prévu.

Elle impute ce repli à la faiblesse persistante du secteur des transports, notamment aérien, avec la crise sanitaire.

Mercredi, c’est l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qui avait déjà légèrement abaissé son estimation de la demande mondiale de pétrole en 2020.

Par ailleurs, la Chine, qui est restée un moteur pour les marchés pétroliers pendant la pandémie, pourrait bientôt ralentir ses importations car les stocks continuent d’augmenter à des niveaux records, prévoient des observateurs du marché.

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Politique

Condamnation de Khaled Drareni : L’étrange réaction de Belhimer

Melissa NAIT ALI

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© DR | Khaled Drareni, condamné à trois ans de prison ferme

Le ministre de la communication Ammar Belhimer contenue son acharnement contre le journaliste Khaled Drareni, condamné à trois ans de prison ferme. Alors que les réactions condamnant la lourde peine infligé au directeur du site Casbah Tribune, le porte-parole du gouvernement, tente de le charger à nouveau arguant qu’il n’est pas en possession de la carte du journaliste professionnel.


« Drareni n’a jamais été détenteur de la carte de presse professionnelle prévue par l’article 76 de la loi organique 12-05 relative à l’information du 12 janvier 2012», lance-t-il, dans un communiqué diffusé intégralement par l’agence APS.

Selon lui, « aucune demande n’est parvenue à cet effet aux services compétents du ministère de la part de Khaled Drareni ». Drôle de justification. Khaled Drareni qui a commencé sa carrière de de journaliste au quotidien La Tribune, a fait un passage à la radio chaîne III, avant de travailler pour les chaînes privées, Dzair TV et Echourouk. Tous des médias algérien.

A-t-il besoin d’avoir une carte provisoire du journaliste professionnel pour être reconnu comme tel ? Pourtant, de nombreux journalistes confirmés n’ont pas fait une demande pour l’obtention de ce sésame, qui, faut-il le souligner, a été accordé à des personnes n’ayant aucun lien avec la presse.

Ce qui est encore malheureux est qu’Amar Belhimer passe sous silence la décision de la justice. Bottant toujours en touche, le ministre de la communication revient à nouveau sur l’absence d’accréditation des correspondants des chaînes étrangères.

« Aucun organe ni institution indépendante ayant diffusé ses couvertures et commentaires n’a sollicité des autorités compétentes la délivrance de l’accréditation préalable requise à l’effet de l’employer, en application de l’article 81 de la loi organique (12-05)», dit-il.

Et d’ajouter : « Comme nous avons déjà eu l’occasion de le rappeler s’agissant de l’ambivalence de la relation de travail avec certains organes employeurs étrangers, certains journalistes s’installent comme « correspondants de fait » – non accrédités selon les procédures en vigueur – d’organes étrangers, et entretiennent une sorte de « loi du fait accompli » qui les expose à plusieurs risques dont le premier, et non des moindres, est qu’ils ne sont pas reconnus comme correspondants », explique-t-il.

Le ministre estime que « les journalistes en question doivent savoir que les pays des médias qui les emploient n’auraient jamais toléré de telles pratiques sur leurs sols respectifs », souligne-t-il.
« Les voies de recours, cadre idoine et exclusif d’un traitement juste du dossier, permettent à la défense de faire appel de la décision prononcée en première instance, loin de toute ingérence, de toute politisation et de toute manipulation d’une affaire qui, selon les qualifications retenues des faits, ne relève pas du libre exercice du métier de journaliste», soutient encore Amar Belhimer.

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