Mondial 2018 Loin entre Pantovscak et El Mouradia

LA PRÉSIDENTE CROATE PREND UN VOL DE LIGNE POUR MOSCOU

Crédit photo : DR | LA PRÉSIDENTE CROATE PREND UN VOL DE LIGNE POUR MOSCOU

Elle sera là, quelque part dans les tribunes du stade de Moscou, avec son maillot à damiers rouges et blancs, sa bonhomie et sa joie débordante, presque enfantine.

Elle l’a fait à deux reprises, aux matchs de l’équipe de son pays, d’abord en huitième, ensuite en quart de finale, à côté de deux hommes stoïques, sans le sourire, le président du gouvernement russe Dmitri Medvedev et l’italo-suisse Gianni Infantino, le patron de la Fifa. Quand elle s’est absentée à la demi-finale, appelée à prendre part à un sommet de l’OTAN, on s’en est tout de suite interrogé. Pourquoi elle n’est pas là ?

Le monde entier la cherchera, aujourd’hui aussi, certainement d’un regard avide parmi les supporters des Vatreni, l’équipe croate qui croisera le fer avec les Bleus de Didier Deschamps. Elle disputera la vedette à Kylian Mbappé, le futur Pelé français, et Luka Modrić, le meneur de charme des Croates. Et on se réjouira de sa spontanéité et de son naturel. De sa flamboyance aussi, comme les Vatreni (qui veut dire flamboyants). Tout le monde est prévenu : on pourrait la revoir sautiller encore et chanter avec les joueurs dans la folie des vestiaires. Kolinda Grabar-Kitarović, la présidente de la Croatie, aimantera encore une fois, et tant mieux, les caméras du mondial russe.

Et si Gianni Infantino trouve que Russie 2018 est la meilleure coupe du monde, Kolinda Grabar-Kitarović y est pour quelque chose. Elle y a mis sa touche. 50 ans, 173 cm, 68 kilos et mère de deux enfants, cette ancienne diplomate, député, ministre à 35 ans puis ambassadrice, est présidente de cette petite république de quatre millions d’habitants depuis trois ans et cinq mois. En décembre 2019, elle aura le droit de se représenter à la présidentielle croate en vertu de la Constitution qui ne lui permet que deux mandats. En Croatie et ailleurs, parler d’un troisième mandat est chose indécente. De là à arriver à un cinquième… ! C’est ainsi dans les pays de l’alternance démocratique, dans les démocraties où on prend un congé sans solde et un vol commercial et en payant sa place pour aller encourager le onze national. Là où on prend des selfies avec ses compatriotes, des gens ordinaires. Kolinda Grabar-Kitarović l’a fait, et le monde le sait désormais.

Lorsqu’il arrive à nos dirigeants d’être dans le stade c’est à grands coups d’escorte et de rituels protocolaires qui gonflent nos ministres, voire même les dignitaires du régime. Ces pratiques creusent davantage le fossé qui sépare les gouvernants des gouvernés au point où Ahmed Ouyahia, notre Premier ministre, a été généreusement insulté par des milliers de voix des supporters de la JSK lors de la finale de la coupe d’Algérie au stade du 5 juillet. Le malaise est profond et il est hurlé dans les chants critiques des grosses galeries qui font vibrer les gradins en arrosant en quolibets toute la hiérarchie de l’Etat. Les supporters de la JSK ne paraîtront pas en selfies avec Ouyahia, mais sont «identifiés», avait déclaré le Premier ministre en conférence de presse.

Nos responsables n’ont pas la même conception des rapports entre le sommet et le peuple. La règle vitale est de maintenir entre les deux une distance respectable. Nous n’avons pas eu un chef d’Etat gambadant de joie. Du moins publiquement, n’étant pas dans les secrets de l’intimité présidentielle. Mais nous sommes sûrs que nous n’avons jamais eu un président de la république assis à même les travées d’un stade aux couleurs des fennecs. Ce sont tous ces «détails» que nous offre Kolinda Grabar-Kitarović qui donnent des «jalousies» et des frustrations aux Algériens parce qu’entre Pantovscak, lieu du siège présidentiel croate, et El Mouradia, il n’y a pas matière à comparaison. Déjà qu’il y a très longtemps que Abdelaziz Bouteflika ne fréquente plus les stades, encore moins ceux d’une coupe du monde.

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