Les compagnies pétrolières connaissaient les risques sur les changements climatiques depuis 1960

Depuis 1960, les géants de l’exploitation du pétrole dans monde étaient au courant des risques et dangers engendrés par leurs activités. Au lieu de trouver des alternatives, ils ont pratiqué du lobbying et manipulé l’opinion publique à travers les médias.

Crédit photo: DR | Pingouin dans l'Antarctique

Depuis 1960, les géants de l’exploitation du pétrole dans monde étaient au courant des risques et dangers engendrés par leurs activités. Au lieu de trouver des alternatives, ils ont pratiqué du lobbying et manipulé l’opinion publique à travers les médias.

 

La COP 24, la conférence des parties contractantes de la Convention cadre des nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) qui s’est tenue du 2 au 14 décembre 2018 à Katowice en Pologne a dû jouer les prolongations faute de consensus.

Ce qui devait être la conférence qui consoliderait l’accord de Paris (COP 21 en 2015), dont se sont retirés les USA, et de Marrakech (COP 22 en 2016) pour amener les pays à prendre des décisions historiques et rester dans la marge d’une augmentation de moins 2° de la température globale avant 2050, s’est clôturé sur des divergences de position.

Des points de vue différents des décideurs qui ne sont pas arrivés à dépasser leurs égoïsmes, ont commenté, politiques, scientifiques et ONG. La température va donc continuer à augmenter entrainant la fonte des glaces et la montée du niveau des océans qui vont engloutir les basses terres, des catastrophes naturelles qui vont se multiplier et s’amplifier, la perte des écosystèmes et de la biodiversité. Ce qui provoquera, crises politiques, économiques, humanitaires, avec leur conséquences, l’amenuisement des ressources et les migrations.

On le savait depuis 1954. Les compagnies pétrolières américaines ont pris connaissance lorsque le géochimiste Harrison Brown et ses collègues de l’Institut de technologie de Californie, présentaient à l’American Petroleum Institute (API, l’Association des compagnies pétrolières américaines) un rapport qui confirmait que la planète subissait une hausse relativement récente du CO2 dans son atmosphère et dans son eau, après que ce gaz fut pourtant resté dans des proportions constantes pendant des milliers d’années.

Des travaux scientifiques dès 1950

En 2016, des chercheurs en droit de l’Environnement republiaient un rapport de 1968 soumis lui aussi à l’API, prévenant du risque pour la planète d’une trop grande quantité d’émissions de CO2. Une divulgation faite dans le sillage d’une série d’enquêtes journalistiques en 2015 qui, elles, révélaient qu’en 1977, après les résultats de 4 années de recherche financées par l’API, c’est à dire par les compagnies elles-mêmes, que le dérèglement climatique était un risque majeur pour le climat et la planète. Mais au lieu de réagir positivement, elles se sont engagées financièrement et politiquement dans la désinformation sur le réchauffement le faisant passer pour un phénomène naturel.

Pour la climatologie, c’est 1960 qui est date historique, celle où un scientifique nommé Charles Keeling publie dans la revue Tellus, les résultats de ses 3 ans de recherches en Antarctique qui vont donner la Courbe de Keeling qui va montrer l’augmentation progressive depuis le début de l’ère industrielle du CO2 dans l’atmosphère, incontestablement due aux activités humaines et à combustion des carburants fossiles.

Lorsque ce danger a été porté à l’attention du président américain Lyndon Johnson, il a publié à son tour un rapport sur la qualité de l’Environnement. L’industrie pétrolière en a pris connaissance et 3 jours après sa publication le président de l’API, a adressé aux dirigeants de l’industrie américaine le message suivant : « l’une des prédictions les plus importantes du rapport est que le dioxyde de carbone est ajouté à l’atmosphère terrestre par la combustion du charbon, du pétrole, et le gaz naturel à un taux tel qu’en l’an 2000, le bilan thermique sera modifié de manière à provoquer des changements climatiques marqués ». 53 ans plus tard, les rapports du GIEC ne disent pas autre chose.

Exxon au cœur du scandale

Dans une série de reportages, le magazine en ligne non lucratif sur l’Environnement Inside Climate News, prix Pulitzer 2013, révèle qu’au cours des années 1970 et 1980, des scientifiques financés par Exxon ont conclu à la réalité des risques liés aux émissions de gaz à effet de serre. Ils ont prévenu les dirigeants d’Exxon, la plus grande compagnie pétrolière américaine, et ont même publié des recherches dans des publications scientifiques ! Des enquêtes qui ont également révélé qu’à la fin des années 1980, Exxon a commencé à dépenser des millions de dollars pour mettre en doute la science du climat et pour convaincre les politiciens et le public qu’il était trop tôt pour agir.

La compagnie américaine, qui aurait pu devenir un chevalier de la lutte contre le réchauffement, était loin d’être la seule à imaginer les conséquences de l’utilisation du pétrole. Exxon a préféré, des décennies durant, nier la réalité du changement climatique et de ses origines et financer, à coup de millions de dollars, les médias et les personnalités qui jetaient le doute sur les travaux des climatologues.