Le peuple répond à Bouteflika : « Système dégage »

Crédit photo : INTERLIGNES MEDIA | Marrée humaine dans la rue Didouche Mourad à Alger

Pour le quatrième vendredi consécutif, dans une ambiance festive, plusieurs centaines de milliers de manifestants sont sortis exprimer à Alger leur rejet des décisions annoncées par le «  chef de l’état ». Ils demandent le départ immédiat et sans condition de tout le « système ».

 

« Je ne suis pas sortie pour demander le départ de Bouteflika, mais je demande le départ de tout le système » déclare ce matin Drifa Ben Mhidi, sœur de Larbi Ben M’hidi. Les jeunes manifestants qui se précipitent afin de se prendre en « Selfie » avec la sœur de l’héro de la guerre de libération sont écartés par les accompagnateurs de la dame âgée.

Un cordon de sécurité a été dressé autours d’elle. « Il ne faut pas la bousculer, car c’est une dame âgée » explique Sofiane Tahraoui, l’un des accompagnateurs aux manifestants.

Comme tous les vendredi, jour fixé pour les manifestations, sous un ciel est bleu, des milliers de manifestants affluent dès la matinée au centre de la capitale. En petits groupes, ils préparent leurs pancartes et leurs banderoles.

Crédit photo : INTERLIGNES MEDIA | Drifa Ben Mhida, soeur de Larbi Ben Mhidi

Non au 4e +

Les slogans brandi cette semaines ne sont pas les mêmes que ceux de la semaine passée. « C’est normal, la semaine dernière, Bouteflika s’est accroché au cinquième mandat, mais cette semaine, il a renoncé, mais il s’accroche encore au pouvoir. Pour nous, c’est un quatrième mandat plus (4+), comme marqué sur les pancartes » expliquent Nadjet et Narimane, deux sœurs venues aujourd’hui prendre part à cette manifestation.

À 14 heures, une marée humaine couvre les rues de la capitale. Pour parcourir les centaines de mètres entre la place Maurice Audin et la grande poste, il faut compter une heure de temps. Les drapeaux flottent sur les toits des maisons, sur les balcons, et mêmes sur les poteaux électriques. Malgré la beauté des images, les manifestants prennent parfois des risques pour créer cette ambiance.

Pour le quatrième vendredi consécutif, dans une ambiance festive, plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont sortis exprimer à Alger leur rejet des décisions annoncées par le «  chef de l’état ». Ils demandent le départ immédiat et sans condition de tout le « système ».
Crédit photo : INTERLIGNES MEDIA | Foule des manifestants devant la grande poste à Alger

Cafés ouverts

À la grande poste, les manifestants chantent et scandent sur l’esplanade. Comme les accès qui mènent vers les hauteurs de la capitale sont bloqués par la police, les dizaines de milliers de citoyens qui sont sortis font le tour du centre d’Alger. Malgré le nombre impressionnant des protestataires, certains cafés et « Fast Food » sont restés ouverts. Les familles sur les balcons jettent des bouteilles d’eaux aux manifestants qui marchent sous le soleil printanier, afin de se rafraichir.

Dans un climat festif, les échanges sur la crise politiques actuelle dominent les discussions des groupes, mais un seul mot d’ordre : « Système dégage ». C’est ce que explique l’avocat et militant des droits de l’homme, maitre Badi Abdelghani aux militants qui l’entourent : « On ne veux pas uniquement le départ du gouvernement ou de ses ministres, il faut le déraciner complètement ce système et éradiquer sa graine ». L’avocat explique que c’est par la suite « qu’on pourra semer la graine de démocratie ».

Crédit photo : INTERLIGNES MEDIA | Les manifestants à la place Maurice Audin à Alger

SONGOKU

La manifestation de cette semaine est marquée par des pancartes très spéciales et même des manifestants déguisés. Certains ne manquent pas d’imagination. Ils ont reproduit le « bâton et la carotte » mais avec le « le cachir » et la canne a pêche.

« Monsieur Macron, occupe toi de ta vieille et on s’occupera de notre grabataire », en réponse aux déclarations du président français Emmanuel Macron, qui a « salué » la décision du président Abdelaziz Bouteflika qui a renoncé au cinquième mandat, mais qui s’accroche toujours au pouvoir en prorogeant son quatrième mandat jusqu’à une date non définie.

Certains manifestants ont puisé dans les héros des dessins animés pour « inciter » les dirigeants à partir. Sur l’une des pancartes, il est inscrit : « Si vous ne partez pas, on fera appel à SONGOKU! ».

Crédit photo : INTERLIGNES MEDIA | Deux manifestantes qui refusent la prorogation du 4e mandat décrit comme un 4+

Les manifestants et les policiers font la fête

En fin de journée, les manifestants sortent des sacs poubelles et nettoient les rues de la capitale. En gilets orange, des dizaines de volontaires nettoient le Boulevard Mohamed 5, et le boulevard Krim Belkacem. « C’est normal, nous devons laisser les lieux propres après chaque manifestation » nous explique Mounir, habitant du Telemly.

En fin de journée, la direction générale de la sûreté nationale (DGSN) évoque l’arrestation de 75 individus pour faits de violences, vol, dégradation de véhicules et de biens publics et privés. 15 policiers sont légèrement blessés. Après l’intervention des policiers qui ont changé en réplique aux jets de pierres de ces « individus », les habitants des quartiers ainsi que les manifestants restés dans le centre d’Alger ont applaudi les services de sécurité, dans une ambiance de joie et de fête. Les policiers ont même scandé avec les manifestants, « One Two Three, viva l’Algérie ».

En fin de journée, Un manifestant qui se dirige chez lui accroche une pancarte sur laquelle est écrit : « L’Algérie, pays des héros est dirigé par des zéros »

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