«la découverte anthropologique de Sétif consolide les connaissances sur les migrations anciennes des premiers êtres humains»

La prestigieuse revue scientifique américaine « Science » a publié, le 29 novembre dernier, un article sur une découverte anthropologique faite à Aïn Boucherit (Sétif) qui a remis en question les connaissances antérieures sur l’histoire de l’Homme.

Crédit photo: DR | Site Ain Boucherit Sétif

La prestigieuse revue scientifique américaine « Science » a publié, le 29 novembre dernier, un article sur une découverte anthropologique faite à Aïn Boucherit (Sétif) qui a remis en question les connaissances antérieures sur l’histoire de l’Homme.

 

La découverte couronne les travaux de recherche de deux décennies du Professeur Sahnouni et de son équipe de 15 chercheurs du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), accompagné par le Centro Nacional de Investigacion Sobre la Evolucion Humana (Espagne) avec la collaboration des chercheurs de Griffith University (Australie), de l’Institut de Paléoécologia Humana et Evolucion Social (Espagne), du Museo Nacional de Ciencias Naturales (Espagne), de l’Université Alger II, de l’Université Sétif II et du Musée National d’Histoire Naturelle (France).

Une découverte effectuée dans le cadre du projet de recherche sur « la plus ancienne occupation humaine en Afrique du Nord ». Ce gisement préhistorique est proche du site plus connu d’Aïn Lahnèche, près d’El Eulma, 30 km à l’est de Sétif, mis au jour en 1947 par Camille Armbourg. Fouillé depuis, il a donné 884 pièces d’ossements d’animaux et, aux chercheurs, la certitude qu’il s’agissait là de la plus ancienne présence humaine en Afrique du Nord.

Les restes d’Aïn Boucherit ont été datés entre 1,9 et 2,4 millions d’années, dans deux couches géologiques différentes

La publication dans Science, rapporte dans son résumé que les pièces mises au jour à Aïn Boucherit « sont la preuve que les hominines [1] ancestrales ont habité la frange méditerranéenne en Afrique du Nord beaucoup plus tôt que prévu. Les preuves plaident fortement en faveur d’une dispersion précoce de la fabrication et de l’utilisation d’outils en pierre en Afrique de l’Est, ou d’un scénario possible d’origine multiple de la technologie de la pierre en Afrique du Nord et en Afrique de l’Est ».

Depuis des décennies, en effet, l’Afrique de l’Est est considérée comme le berceau de l’humanité. On y a trouvé les outils fabriqués les plus anciens : 2,6 millions d’années à Gona (ou Kona) en Ethiopie dans l’Afar considérée depuis comme le berceau de l’humanité pour les nombreux restes paléoanthropologiques qu’elle a fournie. Les restes d’Aïn Boucherit ont été datés entre 1,9 et 2,4 millions d’années, dans deux couches géologiques différentes, par l’équipe internationale du Pr. Sahnouni qui a employé quatre différentes méthodes. Les protocoles de ces méthodes ont été contestés par un chercheur français qui ne serait pas, selon les auteurs de l’article de « Science », un spécialiste des datations et de la faune préhistorique.

Une grande aventure scientifique s’annonce

Incontestablement donc, les travaux de l’équipe du Pr Sahnouni montrent que la présence de l’homme en Afrique du Nord est plus ancienne qu’on ne le croyait puisque les plus vieux restes connus jusqu’alors sont les artefacts en pierre d’Ain Lahnech qui datent eux de 1,8 millions d’années.

Pour de nombreux chercheurs qui se sont prononcés sur la découverte anthropologique de Sétif, celle-ci consolide également les connaissances sur les migrations anciennes des premiers êtres humains. « Cette découverte archéologique dans la région de Sétif informe sur les migrations anciennes des êtres humains, d’une zone à l’autre du monde : de l’Afrique orientale à l’Afrique du nord, et jusqu’à l’Europe » a expliqué Brigitte Senut professeure de paléontologie au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. « Les outils sont aussi anciens que le bassin Méditerranée » a-t-elle encore ajouté.

Avant cela, les scientifiques pensaient que nos ancêtres et leur culture matérielle étaient originaires du Rift est-africain ; et c’est seulement un peu plus tard qu’ils se sont répandus dans la partie septentrionale du continent africain.

un scénario d’origines multiples

Les mises au jour d’Aïn Boucherit, ont donné des outils, couteaux, des racloirs, des lames et des nucléus en silex, des galets de calcaire et, à proximité, des ossements fossilisés de la faune de l’époque. Les outils sont semblables à ceux retrouvés sur les sites qui jalonnent le grand Rift Africain de l’Ethiopie à la Tanzanie. Cela pourrait signifier que les techniques d’outils sont rapidement sorties d’Afrique de l’Est avec une hypothèse : “un scénario d’origines multiples des anciens hominidés et des technologies lithiques, à la fois en Afrique de l’Est et du Nord”.

En effet, l’aventure sur la probable existence d’un autre berceau de l’humanité ne fait que commencer. La découverte d’Ain Boucherit ouvre la perspective de trouver “plus de matériaux archéologiques en Afrique du Nord et dans le Sahara”, écrivent les chercheurs dans leur article qui espèrent aussi qu’elle aura des retombées sur la recherche archéologique en Algérie.

[1] Les Hominina (hominines ou hominiens), forment la sous-tribu de grands singes à laquelle appartiennent le genre humain (Homo) et les genres éteints apparentés tels que les Australopithèques ou les Paranthropes.

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