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Politique

Justice et emblème amazigh : Le tribunal de Sidi M’hamed fait « l’exception »

Une seule justice, même lois et des verdicts contradictoires. L’affaire du port de l’emblème amazigh, créée de toutes pièces depuis le mois de juin dernier par le pouvoir en place, a fini par faire éclater au grand jour les inconséquences de la justice algérienne.

Melissa NAIT ALI

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© DR |
@DR/Tribunal de Sidi M'hamed

Qualifiée déjà par les avocats de « justice à deux vitesses et même à toute vitesse », elle confirme désormais ce statut. Des juges se distinguent toutefois. D’autres, en revanche, s’enfoncent et entrainent avec eux le peu de crédibilité qu’accorde l’opinion nationale à ce pouvoir. En 24 heures, deux verdicts contradictoires ont été prononcés par deux juges différents et dans la même wilaya, Alger.

En effet, le juge près le tribunal de Sidi M’hamed, où ont été décidées la majorité des détentions provisoires des manifestants du Hirak, a été « déjugé », aujourd’hui, par un autre tribunal d’Alger. Il s’agit du tribunal de Baïnem, dans la commune de Bab El Oued. Ce dernier a surpris tout le monde, 24 heures après le verdict choquant prononcé à l’encontre de 27 porteurs de l’emblème amazigh, par la relaxe de cinq jeunes poursuivis pour le même grief. Ainsi, 20 jours après le procès qui s’était déroulé le 23 octobre, lors duquel le procureur de la république avait requis 18 mois de prison, le juge près le tribunal de Bab El Oued a rendu sa décision, en début de matinée de mercredi, et remis en liberté les cinq prévenus venus de Bouira (3 personnes) et de Aïn Benian (2 personnes).

La décision a suscité la liesse chez les avocats et les citoyens présents au tribunal qui ont salué le courage du juge qui s’est contenté d’appliquer la loi. Le jugement prononcé a fait oublier, pour un moment, l’inique décision du juge près le tribunal de Sidi M’hamed qui a frappé d’une main lourde sur la tête de 27 jeunes, dont le seul tort est d’être attachés à leur identité consacrée par la constitution.

Il les a condamné à une année de prison, dont six mois avec sursis. Une décision étrange qui accentue les doutes et la suspicion sur le tribunal de Sidi M’hamed et les magistrats qui y exercent la loi. D’autant plus que le verdict du tribunal de Bab El Oued vient en confirmation des décisions de la juge d’Annaba et de ses collègues de Constantine, de Mostaganem et d’Oran qui ont conclu que le port de l’emblème amazigh n’est pas un délit condamné par la loi.

Les avocats se sont déjà interrogés sur l’attitude et la promptitude des magistrats près le tribunal de Sidi M’hamed à prononcer des mandats de dépôt à l’encontre de plusieurs manifestants pacifiques et de les condamner, par la suite, « sans aucun fondement juridique ». Que ce passe-t-il dans ce tribunal ? Pourquoi les juges près ce tribunal ont-ils une lecture spécifique du code des procédures pénales ? Obéissent-ils à des injonctions venant de parties étrangères au tribunal ? Les réponses vont certainement être données dans les mois à venir.

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