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Guerre d’Algérie : un document officiel révèle l’existence des milliers de « Maurice Audin »

Un document officiel sur les disparitions forcées durant la « bataille d’Alger » vient d’être exhumé des Archives française d’outre-mer, confirmant l’existence de milliers de Maurice Audin, victime de la barbarie du colonialisme.

Melissa NAIT ALI

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Ils sont des milliers. La reconnaissance officielle de la responsabilité du colonialisme français dans la disparition du mathématicien et militant de la cause algérienne, Maurice Audin, ouvre la voie à d’autres révélations. Un document officiel sur les disparitions forcées durant la « bataille d’Alger » vient d’être exhumé des Archives françaises d’outre-mer, confirmant l’existence de milliers de Maurice Audin, victime de la barbarie du colonialisme.

A partir de ce fichier, un site Internet, 1000autres.org, a été lancé par des historiens et l’association Maurice Audin, en partenariat avec le quotidien l’Humanité, pour contribuer à faire connaitre la vérité sur le sort de toutes les victimes. Des victimes dont le nombre s’élève à plus de 3000 personnes, enlevées de chez elles et que ne sont jamais revenues.

Selon le journal français, huit cent cinquante fiches de renseignements émises de mars à août 1957, en pleine « bataille d’Alger », dépoussièrent cette page sombre de l’histoire de la France coloniale en Algérie.

Des centaines de témoignages

Ce fichier d’une valeur inestimable a été exhumé par l’historien Fabrice Riceputi des Archives nationales d’outre-mer. « On y retrouve des noms familiers : celui d’Henri Salem, dit Alleg, d’Ali Boumendjel, ou de Maurice Audin, mais aussi de centaines d’autres anonymes portés disparus, dont les familles, soixante ans après, n’ont jamais retrouvé les corps », souligne l’Humanité.

Selon la même source, depuis sa mise en ligne, le 19 septembre, le site 1000autres.org, créé par l’Association Maurice-Audin et histoirecoloniale.net, a déjà permis à 35 victimes d’être identifiées par leurs proches. Certains ont déposé des messages : « Sadeg Rabah est mon père, explique Younes. Je me souviens du jour où il a été enlevé. J’avais 7 ans et demi… Il a été tué et enterré dans un endroit inconnu. »

Un autre : « Je suis la petite-fille du martyr Mohammed Belkahla dont le nom se trouve dans la liste des disparus sur votre site… Des témoignages contradictoires nous sont parvenus sur son sort, le dernier disant qu’il avait été tué et jeté dans un trou avec des dizaines d’Algériens. Nous avons suivi cette piste mais nous n’avons aucun indice. »

Une mémoire encore vive

Ces témoignages démontrent, ajoute la même source, combien les fantômes de la guerre d’Algérie continuent de hanter toutes les générations. « C’est très émouvant, explique Fabrice Riceputi. C’était le but de ce site, notamment de faire vivre une mémoire familiale que nous savons encore vive et contribuer à rendre justice à ces personnes. »

Le fichier en question a été découvert par Fabrice Riceputi à la faveur de ses recherches sur Paul Teitgen, ancien résistant torturé et déporté à Dachau, devenu en 1956 secrétaire général de la préfecture d’Alger, chargé de la police. Il en démissionnera le 24 mars 1957.

« La France risque de perdre son âme, écrit-il alors au ministre Robert Lacoste. Je ne me permettrais jamais une telle affirmation si je n’avais reconnu sur certains assignés les traces profondes des sévices qu’il y a quatorze ans je subissais personnellement dans les caves de la Gestapo à Nancy», avait écrit Paul Teitgen.

Devenue une archive publique accessible en 2017, ce document fournit des informations sur une partie conséquente de la masse d’anonymes tombés entre les mains de commandos de parachutistes français. « Le but de l’élaboration de ce fichier était de répondre aux demandes de renseignements des familles, explique Fabrice Riceputi.

 

 

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