Filière vin : l’Algérie à la recherche de partenaires étrangères

Le moustique tigre se propage rapidement en Algérie. Découvert, en 2010, l’insecte a gagné du terrain et menace la santé publique dans le pays. Selon l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), la bestiole, source de très graves maladies, dont Chikungunya, dengue ou Zika, est présent dans quatre wilayas, en l’occurrence Tizi-Ouzou, Oran, Alger et Jijel.

La société publique de transformation et de commercialisation viticole SOTRAVIT (l’ex-ONCV ) a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour la création de coentreprises avec des privés, nationaux ou étrangers pour la gestion de ses exploitations agricoles avec à la clé des terres agricoles qui seront mises en concession dans plusieurs filières dont la viticulture.

Près de 3000 ha à Aïn Témouchent, relevant du portefeuille de GVAPRO sont proposées par la SOTRAVIT à la concession dans la filière viticole. «Le recours à de tels partenariats public/privé notamment avec des viticulteurs étrangers est une bonne chose pour développer la filière du vin», estime M. Rachedi, ancien cadre de l’ONCV.

«Seulement, dans les contrats de partenariat, il faut exiger que le vin produit devra être exporté et qu’il y ait obligation de rénover et replanter le vignoble», ajoute-t-il. Au début des années 2000, Gérard Depardieu avait annoncé son intention d’investir dans la filière du vin en Algérie. Mais il a changé d’avis en optant pour le Maroc où il a investi dans une exploitation viticole appelée “Les Deux Domaines”.

La viticulture algérienne se porte-t-elle bien ? «Les vins algériens de qualité portent le label VAOG (Vin d’appellation d’origine garantie). C’est le cas des vins rouges robustes et des vins rosés et fruités produits dans le Dahra, Ain-Bessem. Un autre vin est aussi de bonne qualité : Le Coteaux du Zaccar, produit dans une zone située près de Miliana et à Médéa. Les Grands Crûs de l’Ouest, les Coteaux de Mascara sont aussi très bien réputés pour leur finesse», explique M. Rachedi.

Toutefois, cet ancien cadre de l’ONCV déplore le fait qu’«il y ait eu une régression». «L’Algérie ne produit actuellement que mois de 3% de ce qu’elle produisait avant 1962, période où le vignoble atteignaient les 396 000 hectares pour une production annuelle de vin allant jusqu’à 18 millions d’hectolitres», souligne M. Rachedi.

Avant 1962, les vins représentaient chaque année entre 43 et 67 % de la valeur totale des exportations algérienne. L’Algérie était aussi un grand producteur de cognac, exporté vers beaucoup de pays notamment vers la Russie. En plus de la France et la Russie, les autres marchés du vin algérien étaient le Royaume-Uni, la Suisse, l’Afrique du Sud, l’Allemagne, la Belgique, les Etats-Unis et le Canada.

Ces exportations de vin représentaient environ 25 % de la production agricole algérienne», précise cet ancien professionnel du vin. Au début des années 1970, le vin algérien est la deuxième source de revenus en devises pour l’Algérie avant que le président Houari Boumediene n’ordonne l’arrachage de milliers d’hectares de vignobles.

Dans les années 1990, les islamistes ont fortement contribué à la dégradation de la filière qui a connu ses jours les plus sombres.  S’en est suivi une période de reprise timide dans les années 2000 où des plantations ont repris. De 55.700 hectares en 1998, la superficie des vignes est passée à 77 000 en 2011 dont 28.000 hectares consacrés à la production de raisins de cuve.

Production du vin : l’Algérie à la 2ème position en Afrique

Selon l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), l’Algérie est le 2ème plus gros producteur de vin en Afrique derrière l’Afrique du Sud. Selon cette organisation internationale du vin, en 2014, l’Algérie a produit 500 000 hectolitres de vins et en a exporté 2 680 hectolitres. Les importations sont établies à 37 000 hectolitres, en 2015, selon l’OIV.

La production de vin est destinée essentiellement au marché intérieur. La consommation avoisine les 342 000 hectolitres. Aïn Témouchent est le centre viticole de l’Algérie. Avec un rendement de 60 q/ha, la production de raisin de table serait de l’ordre de 210 000 q, alors que celle de raisin de cuve ou de transformation avoisinerait les 220 000 q sur une superficie globale du vignoble estimée à 12 656 ha, dont 4319 ha destinés au raisin de table dans ses différents cépages (Dattier, Cardinal, Gros Noire, Valencia, Muscat, Italia, Madeleine, Michel Palieri, Red Globe).

Actuellement, en plus de la société étatique SOTRAVIT (héritier de l’ex-Office national de commercialisation des produits vitivinicoles (ONCV), seuls quatre producteurs de vin sont du secteur privé. La SOTRAVIT est l’acteur dominant de cette filière avec 65 % de parts du marché local contre 35 % au secteur privé. La SOTRAVIT est un acteur majeur de la filière. Cette société par actions active dans la transformation, le conditionnement et la commercialisation des produits viticoles ainsi que la valorisation des sous-produits viticoles.

Elle dispose de 9 unités de transformation et de commercialisation des produits viticoles. D’un potentiel viticole de 1 000 Ha, elle compte 16 fermes agricoles dont celles dédiées à la viticulture sur une surface de 1 545 Ha. La SOTRAVIT produit environ 500 000 hectolitres de vin produits chaque année. La quasi-totalité de cette production est écoulée sur le marché national. Les ventes locales de l’ex-ONCV sont estimées à 8 millions de bouteilles l’an dernier.

Des ambitions à l’export

«Les investissements dans les groupes froids sont nécessaires aux vinifications et les installations de systèmes d’irrigation sont indispensables aux vignes», estime, M. Rachedi. Pour ce dernier, «il faut investir dans les équipements de vinification moderne qui assurent une qualité œnologique constante». «La qualité des vins passe par le creusement de puits disséminés pour irriguer les vignes ainsi que par la modernisation des équipements et la maîtrise des températures en vinification. La filière viticole peut générer jusqu’à 20 000 emplois agricoles et plus de 10 000 dans les secteurs annexes, de l’embouteillage à la distribution et peut engendrer d’importantes recettes pour l’Etat sous forme d’impôts et taxes», souligne M. Rachedi. Les Grands Crus de l’Ouest à Oran, les vignobles de l’Oranie à Oran, Hadj Kadi à Ain Temouchent et Palikao à Mascara sont aussi très actifs dans la filière du vin. Les Grands Crus de l’Ouest, société privée crée en 2001, commercialise environ 200 000 hl de vins sur les 500 000 hl produits localement. Cette entreprise privée a investi dans la cuverie pour se doter des équipements modernes, faisant appel à des opérateurs français. Dotée d’un laboratoire œnologique, cette société affiche des ambitions à l’export en nouant un partenariat avec une société française appelée Révélation Terroirs Méditerranée. La société commence à exporter vers la Belgique, l’Espagne, la Suède, la Côte d’Ivoire, Togo….  Une quinzaine de références de vins sont commercialisées à l’étranger à des prix variant entre 3 euros et 5,9 euros HT.

 

 

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