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Djalil Lounnas : « Si les combats reprennent en Libye cela pourrait avoir un effet déstabilisateur sur l’Algérie »

Achour Nait Tahar

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© DR | Djalil Lounnas, Professeur adjoint d'études internationales à l’École des sciences humaines et sociales à l’Université Akhawayn d’Ifrane au Maroc

Dans cet entretien, Djalil Lounnas, Professeur adjoint d’études internationales à l’École des sciences humaines et sociales à l’Université Akhawayn d’Ifrane au Maroc, nous livre ses impressions sur le rôle stratégique que devrait avoir l’Algérie dans le conflit qui secoue la Libye. Spécialiste du Maghreb et du Sahel, Djalil Lounnas est l’auteur de plusieurs publications, dont « Les mutations des mouvements djihadistes en Afrique du nord et au Sahel : d’AQMI à l’État Islamique ».

 

Interlignes : Quel impact aura sur l’Algérie l’intervention turque en Libye ? 

Djalil Lounnas : Dans l’immédiat, l’impact sur l’Algérie de l’intervention turque en Libye devrait être limité. Les forces turques seront déployées pour faire face aux avancées du maréchal Haftar autour de Tripoli et donc loin des frontières Algériennes. Ceci étant, on ne connait pas encore l’ampleur du déploiement turc ni son mandat exact. On pensait qu’il s’agissait de combattre au coté du GNA, désormais Erdogan parle de faire respecter un cessez-le feu et que les forces turques auraient un rôle d’interposition. Ce qui permettrait en fait d’arrêter l’offensive de Haftar et de sauver le GNA, sans pour autant s’engager dans des combats. Pour l’instant, les combats sont, au demeurant et encore une fois, limités en terme d’intensité et loin des frontières Algériennes. Mais si ces derniers reprennent et s’étendent, alors cela pourrait avoir un effet déstabilisateur sur l’Algérie. Plusieurs puissances régionales sont impliquées directement, comme l’Egypte ou la Russie à travers la compagnie Wagner. Une confrontation générale déstabiliserait l’ensemble du système régional (afflux de réfugiés, problèmes des groupes terroristes encore présents, trafics en tous genres en Libye) et déstabiliserait gravement la sécurité nationale. Au-delà, l’Algérie ne veut de forces étrangères à ses frontières, ceci est une constante, par delà donc pas d’une Libye sous influence de puissances étrangères, à l’image d’Ankara pour le GNA ou du Caire pour Haftar.

 

Les diplomates des pays impliqués directement ou indirectement défilent à Alger. Quelle en est la raison ?

L’Algérie détient plusieurs atouts dans cette crise. Tout d’abord et même si elle penche en faveur du GNA au demeurant, elle n’est jamais intervenue militairement dans le conflit. Elle a toujours gardé des relations avec l’ensemble des acteurs, que cela soit le GNA, les Tribus ou Haftar, même si les relations avec ce dernier sont vacillantes. Elle a toujours favorisé une solution négociée entre les divers acteurs et mené plusieurs médiations (2015 et 2017 notamment) même si celles-ci n’ont pas abouti. C’est également un des rares pays à entretenir de bonnes relations avec l’ensemble des puissances étrangères impliquées dans le conflit, que cela soit la Turquie, l’Egypte, le Qatar, la Russie, l’Italie ou la France.

En plus d’une bonne connaissance du dossier, elle a un intérêt commun avec tous ces derniers, à savoir, stabiliser la Libye. Elle peut donc parler à l’ensemble des acteurs. Ceci est renforcé par le fait que les nouvelles autorités algériennes ont clairement exprimé leur volonté de jouer un rôle direct et de s’impliquer dans la solution de cette crise. Ce qui n’était pas le cas précédemment du fait de la situation intérieure du pays. On assiste pour l’instant à un regain d’activisme de la diplomatie Algérienne, d’où ce défilé de diplomates étrangers à Alger.

 

Pensez-vous qu’Alger est bien placée pour mener un éventuel dialogue pour trouver une solution politique au confit ?

Comme je l’ai dit, elle a plusieurs atouts dont notamment le fait de s’être maintenue à équidistance de l’ensemble des acteurs et d’avoir toujours favorisé le dialogue. La question doit-être posée inversement : quelle influence peut-elle avoir sur les évènements après plusieurs années d’absence diplomatique, autrement dit comment transformer ces atouts en action efficace ? Ensuite, il faudrait clairement définir ce qu’on entend par dialogue et solution politique dans un contexte où les troupes de Haftar sont aux portes de Tripoli et contrôlent une vaste majorité du territoire libyen. Ce qu’on ne sait pas vraiment pour l’instant.

Au delà et concernant Alger, tout dépendra de la capacité des nouvelles autorités à faire valoir les atouts précédemment cités, notamment sur Haftar qui, militairement, est en position de force et qui est soutenu par un large spectre de puissance (Russie, France, Egypte, EAU, Arabie Saoudite) et qui n’a donc à priori aucun intérêt à accepter une telle solution, ce qu’il a constamment refusé d’ailleurs. Il faudrait qu’Alger soit en mesure de convaincre ces soutiens (ceux de Haftar, Ndlr) de la nécessité et de la faisabilité d’une solution politique qui pourrait réellement stabiliser la Libye, afin que ces derniers fassent ensuite pression sur Haftar. Moscou qui a des relations proches avec Alger et une alliance de fait avec Ankara, pourrait éventuellement accepter cela et intervenir à son tour dans le camp qui soutient Haftar pour les convaincre du bien fondé d’une telle initiative.

 

Quelle est exactement la situation en Libye ? Selon les médias, la Russie et l’Egypte soutiennent Haftar. Erdogan prendra-t-il le risque militairement, même si aucun pays voisin à la Libye n’est allié avec lui ?

Pour Erdogan c’est un pari très risqué. La Turquie est une puissance régionale qui se projette de ce fait dans environnement traditionnel régional, en Syrie et en Irak. Là, sa décision de se projeter militairement en Libye, très loin de ses bases, constitue un changement majeur qui est, en fait, le comportement des grandes puissances. Est-ce que Ankara a les moyens militaires de se déployer de manière durable et significative, si loin et en l’absence de tout soutien de l’Algérie et de la Tunisie ? Ça semble difficile. De plus, l’Egypte a clairement signifié son opposition à ce déploiement et ne pourrait accepter de voir Haftar, sur qui elle a tant misé, être défait. Elle pourrait donc de nouveau, car elle l’a déjà fait par le passé, intervenir militairement directement. Il y a également les mercenaires de la compagnie russe Wagner. Pour Erdogan, les risques sont énormes. D’ailleurs le fait qu’il soit allé à Moscou et annoncé que ces troupes sont là pour faire respecter un cessez-le-feu, révèlent peut être une prise de conscience des risques associés a une telle aventure.

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L’OMS condamne «les propos racistes» des médecins français sur des tests de vaccin en Afrique

Yasmine Marouf-Araibi

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Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l'OMS

Le patron de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a condamné lundi les « propos racistes » de chercheurs ayant récemment évoqué l’Afrique comme « un terrain d’essai » pour tester un vaccin potentiel contre le Covid-19, dénonçant « l’héritage d’une mentalité coloniale ».

“Ce genre de propos racistes ne font rien avancer. Ils vont contre l’esprit de solidarité. L’Afrique ne peut pas et ne sera un terrain d’essai pour aucun vaccin”, a affirmé Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une conférence de presse virtuelle depuis Genève. “L’héritage de la mentalité coloniale doit prendre fin”, a-t-il ajouté.

Un échange entre un chercheur de l’Institut français de la recherche médicale (Inserm) et un chef de service d’un hôpital parisien, diffusé le 1er avril sur la chaîne LCI, a suscité une vive polémique. Dans cette séquence les deux chercheurs ont évoqué l’Afrique comme terrain d’essai pour tester le BCG contre le covid-19.

Jean-Paul Mira, chef de service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Cochin, lui demande : « Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, ou chez les prostituées: on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées. Qu’est-ce que vous en pensez ? »

« Vous avez raison, d’ailleurs. On est en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d’approche, ça n’empêche pas qu’on puisse réfléchir en parallèle a une étude en Europe et en Australie», lui répond Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm à Lille (nord de la France).

« Il est honteux et horrifiant d’entendre des scientifiques tenir ce genre de propos au XXIe siècle. Nous les condamnons dans les termes les plus forts », a conclu M. Tedros, Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé.

Avec AFP

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L’Afrique furieuse contre les propos de deux chercheurs français !

Yasmine Marouf-Araibi

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© DR | L'Afrique furieuse contre les propos de deux chercheurs français

“L’Afrique n’est pas le laboratoire de l’Europe”, “les africains ne sont pas des cobayes”, ce sont les cris d’indignation poussés par des internautes suite à une séquence de deux chercheurs français évoquant des tests de vaccin contre le coronavirus en Afrique.

Il s’agit de Jean-Paul Mira, chef de la réanimation à l’hôpital Cochin, à Paris, et Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm. Réunis lors d’un dialogue diffusé sur la chaîne française LCI. Les deux chercheurs discutent sur des futures études pour tester l’efficacité du vaccin du BCG contre le coronavirus, quand l’un deux propose l’Afrique comme terrain d’étude.

« Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, où chez les prostituées : on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées. Qu’est-ce que vous en pensez? » a proposé Jean-Paul Mira, chef de la réanimation à l’hôpital Cochin, à Paris.

Camille Locht rejoint les propos de son interlocuteur et lui répond qu’il a raison, « on est d’ailleurs en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d’approche” a-t-il déclaré.


L’association SOS Racisme s’est indigné « des propos tenus par deux médecins hier sur LCI qui tombent d’accord à l’antenne sur le projet d’utiliser les Africains comme cobayes pour tester des vaccins contre le virus Covid-19 » a écrit l’association dans un communiqué diffusé jeudi soir.

“Il est inconcevable que nous continuons à accepter ceci. L’Afrique n’est pas un laboratoire.
Je dénonce vivement ces propos graves, racistes et méprisants!”
, s’est insurgé le célèbre joueur ivronien, Didier Drogba.

En plus de plusieurs ONG et personnalités publiques, nombreux internautes ont réagi à ces propos “provocateurs” et “racistes” portant le hashtag Afrique à la tête des tendances sur twitter.

Suite aux cris d’indignation poussées sur les réseaux sociaux, l’Institut Inserm a réagi en estimant que c’est « Une vidéo tronquée, tirée d’une interview sur LCI d’un de nos chercheurs à propos de l’utilisation potentielle du vaccin BCG contre le CoVid-19 fait l’objet d’interprétations erronées sur les réseaux sociaux. Voici les bonnes explications ».


Selon l’institut « des essais cliniques sont en cours ou sur le point d’être lancés dans les pays européens (Pays-Bas, Allemagne, France, Espagne…) et en Australie. S’il y a bien actuellement une réflexion autour d’un déploiement en Afrique, il se ferait en parallèle de ces derniers. L’Afrique ne doit pas être oubliée ni exclue des recherches » s’est justifié l’Inserm.

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Coronavirus : La Tunisie libère 1420 prisonniers

Bouzid ICHALALENE

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DR | Le président tunisien Kais Said

Le président de la république Tunisienne, Kais Said a décidé de de remettre 1420 prisonniers en liberté pour motif de grace particulière a rapporté aujourd’hui 31 mars, un communiqué de la présidence de la république tunisienne.

Cette liste établie par le comité de la grâce présidentielle s”ajoute à celle des 670 prisonniers remis en liberté à l’occasion du 64e anniversaire de l’indépendance du pays.

Le 19 mars dernier, lors de la rencontre du président avec le comité de la grâce présidentielle, le chef de l’état “a demandé d’étudier la possibilité de libérer plus de prisonniers afin de veiller sur leur santé et celle de tous les citoyens tunisiens suite à la pandémie du Covid-19”.

Kais Said a notamment donné des “instructions fermes” pour veiller sur “la désinfections des prisons et renforcer les efforts des services sanitaires”.

Pour rappel, le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU Michelle Bachelet a appelé mercredi à la libération urgente de détenus à travers le monde pour éviter que la pandémie de Covid-19 ne fasse des ravages dans les prisons souvent surpeuplées”.

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