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Dissous ou mis en demeure: l’étau se resserre sur les partis d’opposition

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© DR | Réunion du PAD au siège de l'UCP, le 19 mai 2021

Jamais les partis d’opposition n’ont été aussi contenus dans les limites de leurs locaux qui servent de sièges. Et encore ! Même cet espace sensé s’ouvrir au débat politique est en passe d’être réduit. Le pouvoir, dans sa logique de rejet de toute voix discordante, s’emploie à tracer des lignes rouges aux partis d’opposition dans leurs propres locaux. Toute activité organisée en dehors des réunions ordinaires et statutaires est considérée comme «antiréglementaire» par le ministère de l’Intérieur.

Mardi 26 avril, le Mouvement démocratique et social (MDS), a reçu une mise en demeure du même département, le sommant de cesser d’ouvrir son siège aux différentes composantes de la société. «À la lumière de l’actuelle politique répressive du régime, le MDS a reçu un mise en demeure du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, afin de cesser d’ouvrir son siège aux citoyens engagés dans la lutte politique pacifique contre le régime», a indiqué le Coordinateur national du parti, Fethi Ghares.

Pour lui, il ne faut pas aller chercher trop loin les motivations de l’administration. Le MDS «est conscient», dit-il, que «ce sont les activités qu’il a organisées avec le Collectif des avocats de la défense, les familles des détenus d’opinion, les journalistes, les syndicalistes et le reste de la société civile qui résiste, qui sont visées par cette mise en demeure». Quant au but recherché par les autorités, il est tout aussi clair et s’inscrit dans «la logique de mettre fin à l’exercice de la politique qui résiste à l’arbitraire et à la tyrannie», explique Ghares.

«Espaces de lutte»

A peine sorti de prison, le coordinateur du MDS a repris le chemin de la lutte. Il n’hésite pas à intervenir sur les questions d’actualité nationale. Le 11 avril dernier, une conférence sur les détenus d’opinion a été organisée au siège national du MDS à Alger. «Le minimum que l’on doit au peuple qui nous a libérés, c’est qu’on fasse de nos sièges des espaces de lutte contre ce régime», a déclaré  dans son intervention Fethi Ghares. Les sièges des partis de l’opposition doivent constituer, selon lui, «le prolongement de l’espace public libéré» à la faveur de la révolution du 19 février 2019 et que le pouvoir «tente de récupérer».

En toute vraisemblance, le pouvoir n’a pas tardé à réagir. La mise en demeure adressée au MDS sonne comme un avertissement avant de passer probablement à d’autres démarches plus contraignantes. Pour cause, des partis sont déjà passés par là.

Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le Parti socialiste des travailleurs (PST) et le l’Union pour le changement et le progrès (UCP), ont déjà eu affaire à ces ‘’rappels à l’ordre’’, tout simplement parce qu’ils ne s’inscrivent pas dans la ligne tracée par le pouvoir. En janvier dernier, le parti de Mohcine Belabbas a reçu une mise en demeure du ministère de l’Intérieur afin de «cesser ces pratiques qui contredisent les lois législatives et réglementaires». Le même département réagissait, au fait, à une réunion qu’a abritée en décembre 2021 le RCD dans son siège à El Biar, regroupant les forces du PAD (Pacte pour l’alternative démocratique). Pour le ministère, il s’git d’activités organisées «en dehors des objectifs stipulés dans sa loi fondamentale» !

Après le RCD, le MDS  

Même si dans le discours, le RCD a dénoncé et s’est élevé contre ces pressions, il faut dire que depuis, le parti n’a pas abrité d’autres activités du genre. Par peur ou par prudence, ce qu’il faut retenir c’est qu’il y a un espace de moins pour les composantes de l’opposition démocratique.

Ce que vit le PST de Mahmoud Rachidi este encore plus grave, puisque le parti est temporairement suspendu, depuis janvier, sur décision du Conseil d’Etat qui a ordonné la fermeture de ses locaux. Quand à l’UCP, bien que le ministère de l’Intérieur soit débouté par le Conseil d’Etat dans sa plainte contre la formation de Zoubida Assoul, cette dernière subie toujours des pressions par rapport à son engagement politique.  L’avocate a été convoquée le 5 avril dernier par la police. Dans l’après-midi, elle s’est présentée au Commissariat central d’Alger, où elle a été interrogée sur ses «activités partisanes», avant d’être libérée peu après 17h00. Le Parti des travailleurs (PT), a vécu pire, lorsque sa secrétaire générale, Louisa Hanoune, fut emprisonnée de mai 2020 à janvier 2021, pour des accusations dont elle sera blanchie. Un mouvement de redressement a tenté de la renverser, trois mois après, soit en avril, avant qu’un vote de confiance lui soit renouvelé par les membres du Comité central du PT.

Pressions

Plusieurs partis organisent souvent des rencontres et des conférences ouvertes à d’autres acteurs politiques dans leurs sièges, à l’instar des partis islamistes. Mais, jamais ils n’ont reçu de mise en demeure des autorités. Si le traitement n’est pas le même pour les partis de la mouvance démocratique, c’est parce qu’ils ne s’inscrivent pas dans la feuille de route du pouvoir et continuent de plaider pour «le changement radical du régime» comme l’a crié le peuple depuis le 22 février 2019. Aucun d’eux n’a pris part, par exemple, aux différents scrutins (législatives, locales et sénatoriales) organisés depuis la présidentielle du 12/12 qui a porté Abdelmadjid Tebboune à la tête du pays.

 Empêcher toute alternative   

Contrairement à d’autres, ces partis refusent de croire à l’idée de la mort du Hirak. D’ailleurs, leur engagement jusqu’à la dernière minute, dans ce mouvement, n’a besoins d’aucune démonstration. Veut-on alors leur faire payer cet engagement ? La question reste posée. Le moins que l’on puisse dire en tout cas, est que le pouvoir en place voit dans ces partis «une menace» pour sa survie.  

Et quoi qu’il en soit, en s’attaquant au MDS, au RCD, au PST et à l’UCP, et à d’autres associations telle que RAJ dissoute en octobre 2021 après 28 ans d’existence, le pouvoir veut mettre fin à toute alternative démocratique et s’accroche à la survie et la continuité du régime, malgré le slogan qui fait la promotion d’une «Algérie nouvelle». Même sous Bouteflika, les partis d’opposition n’ont pas été interdits d’organiser des activités en dehors de leurs réunions statutaires …   

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