Dans un discours « langue de bois », Bensalah insiste sur la tenue de la présidentielle

Crédit photo : DR | Abdelkader Bensalah, chef de l'état par intérim

Le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah fait la sourde oreille aux revendications de la rue qui insiste sur le départ de ce dernier depuis sa prise de fonctions après la démission de Abdelaziz Bouteflika. Dans un discours « langue de bois » adressé aujourd‘hui 05 mai à la nation, il insiste encore une fois sur le maintien de l’élection présidentielle prévue pour le 04 juillet prochain, s’alignant ainsi, sur la position du chef de l’Etat major.

 

Bensalah demande à « tous les acteurs nationaux, à l’ensemble des composantes de la classe politique, aux  mouvances qui structurent la société civile et à tous ceux qui sont  considérés comme exprimant les sentiments d’une frange de la société, ou de ses élites, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, notamment les jeunes et les femmes, de se mobiliser pour la réalisation de cet objectif  stratégique national, seul à même de mener notre pays vers des lendemains sûrs et prospères » a-t-il déclaré.

Cet appel pourtant déjà lancé auparavant par le chef de l’État, ainsi que le chef de l’État major, lors de leurs précédents discours, a largement été rejeté par l’ensemble de la classe politiques et la société civile, notamment lors des manifestations des vendredi. Même les partis de l’allégeances, appelés auparavant « partis de l’alliance présidentielle » ont boudé la « conférence nationale » organisée le 22 Avril précédent, qui s’est déroulée à huit clos.

« consensus fécond »

Malgré l’échec de sa première tentative de dialogue marquée par l’absence de l’initiateur lui même, en l’occurrence le chef de l’Etat, ce dernier ne désespère pas et rappelle dans son discours d’aujourd’hui, qu’un dialogue « intelligent, constructif et de bonne foi »  reste « l’unique moyen pour construire un consensus fécond, le plus large possible, de nature à permettre la réunion des conditions appropriées pour l’organisation, dans les délais convenus, de l’élection   présidentielle ».

Bensalah s’entête et insiste sur la tenue d’une élection présidentielle organisée par un gouvernement largement contesté. Même le chef de l’Etat Major, Ahmed Gaid Salah, a réservé un paragraphe dans l’un des ses discours sur ce phénomène nouveau dans notre société pour dénoncer, l’empêchement des responsables politiques, d’accomplir leurs missions sur le terrain, après une vague de « chasse aux ministres » par les citoyens dans plusieurs wilayas du pays.

Pour Bensalah, les modalités d’organisation, de contrôle et de  supervision de ces élections dans toutes les phases de préparation,  déroulement et de dénouement, « doivent être au coeur de ce dialogue et faire l’objet d’un large consensus ».  Il a assuré que cet objectif « est le seul à même de mener notre pays vers  des lendemains sûrs et prospères pour notre peuple et seul à même de lui permettre de déjouer les dangers et les desseins hostiles visant à le conduire vers le vide constitutionnel et l’absence de l’Etat et à l’entrainer ainsi dans la spirale de l’anarchie et de la déstabilisation », oubliant que la majorité des élus locaux, ainsi que les juges refusent d’organiser la prochaine élection présidentielle.

« Vibrant hommage »

Le chef de l’Etat n’a pas manqué de faire l’éloge de l’Armée et de son chef pour ses efforts déployés pour « préserver la conception constitutionnelle de l’Etat, assurer sa continuité et garantir la sécurité et la stabilité du pays ». Il a ainsi rendu un « vibrant hommage » à son Commandement pour «  lucidité de son engagement aux côtés de notre peuple, dans cette phase cruciale de  son histoire, et sa détermination à faire face aux agissements hostiles à la patrie, à son intégrité territoriale ainsi qu’aux tentatives visant à porter atteinte à la sécurité nationale du pays et à mettre en danger son unité nationale ».

Le successeur de Abdelaziz Bouteflika a de même reconnu le caractère « pacifique » et le « le haut niveau de conscience » des manifestants qui ont bouclé avant hier, leur 11e vendredi de mobilisation sur le territoire national, dans le calme et la sérénité.

« Qualitativement nouvelle, qui se déroule dans le calme et de façon pacifique, une étape durant laquelle notre peuple a fait montre d’un haut niveau de conscience et de maturité, manifestant ses revendications et ambitions légitimes à travers un comportement civilisé, qui a forcé l’admiration du monde entier » a-t-il rajouté.

« La voix du peuple a été entendue »

Tournant le dos aux vraies revendications du peuple, qui veut aller vers une période de transition et assemblée constituante, le chef de l’Etat a versé dans la langue du bois en déclarant que « la voix du peuple a été entendue. Elle a trouvé en l’Etat réactivité positive, promptitude et compréhension à l’égard des revendications, aspirations et attentes de notre population », faisant semblent de ne pas être au courant de la revendication principale du peuple exige son départ immédiat avec tout son gouvernement considéré « illégitime ». Il ose même déclarer que « le processus de changement connaît, au quotidien, des avancées   incontestables ».  

Il justifie cette déclaration, sans le prononcer clairement, par la vague d’arrestations visant des personnalités proches de l’ancien cercle présidentiel, ainsi que plusieurs hommes d’affaires.

« Au coeur des revendications populaires, la lutte contre la corruption et la dilapidation des deniers publics, a ainsi connu une accélération qui laisse entrevoir une prise en main déterminée par la Justice des dossiers qui ont défrayé la chronique, mais aussi et surtout une action méthodique, inscrite dans la durée et induisant un impact salutaire sur l’économie nationale, débarrassée de l’impact néfaste des pratiques qui ont profondément gangréné son fonctionnement », a encore relevé Bensalah dans  son message.

Pour rappel, Abdelkader Bensalah, n’a jamais appelé la justice à ouvrir des enquêtes sur les même les dossiers de corruption, qui ont aussi, « défrayé la chronique », lorsqu’il occupait le poste de président du Sénat pendant le règne de Abdelaziz Bouteflika.

Du discours tant attendu chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, ressortent les mêmes conclusions du discours du chef de l’Etat Major, Ahmed Gaid Salah, prononcé, la semaine écoulée.