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Société

Annaba: un policier qui a tiré à balles réelles condamné à une année de prison

Yasmine Marouf-Araibi

Publié

le

Un policier a été condamné dimanche par le tribunal correctionnel d’El Hadjar à Annaba à une année de prison ferme sans mandat de dépôt, 100 000 DA d’amende, et un million de dédommagement pour “homicide involontaire”, a-t-on appris auprès de Me Adel Messaoudi, avocat de la famille de la victime. Ainsi, le tribunal contredit la version annoncée par la direction générale de la sûreté nationale (DGSN), annonçant que la victime est morte d’une balle en caoutchouc. Une expertise balistique a conclu qu’il s’agissait d’une balle réelle.

Les faits remontent au 20 mai dernier lorsqu’une perquisition par la police d’Annaba au domicile d’un repris de Justice impliqué dans une affaire de drogue a dégénéré en un affrontement, faisant une victime à savoir un homme âgé de 66 ans et père de trois enfants.

Selon un communiqué rendu public par la direction générale de la sûreté nationale (DGSN) le premier jour suivant le drame, des membres de la famille du présumé narcotrafiquant auraient tenté d’attaquer le régiment de police ce qui a obligé ce dernier d’user de “balles en caoutchouc”.

Lors de l’arrestation du suspect, qui se trouvait dans sa voiture devant sa résidence, des membres de sa famille et un groupe de résidents du quartier, entre 50 et 69 personnes, ont attaqué le régiment de police à l’aide de pierres, d’armes blanches et d’un fusil de chasse sous-marine, ce qui les a forcés à se retirer du quartier après l’arrestation du suspect qui a été transféré au siège de la BMPJ (Brigade mobile de la Police judiciaire ndlr) de Sidi Amar”, indique le communiqué datant du 21 mai dernier.

La DGSN avait assuré que « devant l’ampleur de la violence utilisée contre les éléments de la police, ces derniers ont été obligés d’utiliser des balles en caoutchouc pour se défendre, ce qui a provoqué des blessures à l’un des assaillants qui a été transporté à au CHU Ibn Rochd où il a succombé à ses blessures».

Balles réelles

Toutefois, sur les réseaux sociaux, des vidéos filmées par les habitants du quartiers après l’affrontement avec la Police ont montré des traces de balles réelles.

Ces vidéos avaient été reprise par la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), qui a avait réclamé à ce “toute la lumière soit faite sur cette affaire.

“Sur ces publications, on voit clairement des douilles (que les citoyens présentent comme celles laissées par les forces de l’ordre) qui sont, selon des experts nationaux en armements, celles de balles réelles et non de balles en caoutchouc, comme l’affirme le communiqué de la DGSN”, avait indiqué la LADDH.

Il aura fallu attendre plus de six mois et le rapport de l’expertise de balistique pour démentir la version de la DGSN.

En effet, contrairement à ce qu’a été indiqué en mai dernier, la balle usée est réelle et non en caoutchouc. Selon le rapport de l’expertise balistique effectuée par la police scientifique de Constantine, le balle a été tirée d’un pistolet automatique de type “bretta 92 FS, calibre 9mm”.

“La balle a heurté un objet solide avant de rebondir et atteindre la victime au niveau de la poitrine de façon diagonale. Le tir n’a pas ciblé la victime directement”, indique la conclusion de l’expertise balistique.

Etant un policier et disposant d’un cassier judicaire vierge, le coupable n’a pas été placé prison. Le verdict est conforme au réquisitoire du procureur mais ne satisfait pas les plaignants. Me Adel Messaoudi, l’avocat bénévole de la famille du défunt et président du bureau local de la LADH, a indiqué à Interlignes qu’un appel du verdict a déjà été enregistré.

“Nous avons demandé cinq millions de dinars de dédommagement et nous n’avons obtenu qu’un million”, nous a-t-il déclaré. Il tient, toutefois, à saluer “l’impartialité” du juge qui a traité cette affaire sans prendre en considération la fonction de l’accusé.

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