Abdelmadjid Sidi-Saïd, le “matassin” du palais

Abdelmadjid Sidi Saïd, le "matassin" du palais

Crédit photo : DR | Abdelmadjid Sidi Said

Abdelmadjid Sidi Saïd, le secrétaire général de l’UGTA, le syndicat-appareil du régime, a le pas bien cadencé, au rythme de ses sponsors. Sa danse sur les airs d’une chanson d’Ait Menguellet a été interprétée comme une réponse à ses détracteurs au sein de la centrale syndicale où monte une fronde contre lui menée par Tayeb Hmarnia, un ex cadre de la Centrale. «Kechini ruh, nek ad qimegh» (Pars, moi je reste) dit le refrain de la chanson que l’on a pensé être emprunté pour répondre à Hmarnia. La danse de Sidi Saïd est celle du ventre, il se dandine pour plaire aux puissants du clan et cela n’est pas nouveau. Et le clan le lui rend bien.

Coquille vide

Sidi Saïd est l’ami de Saïd Bouteflika, le frère du président, et de Ali Haddad, le patron du patronat. Les trois sont soudés autour des mêmes intérêts et chacun a besoin de l’autre, l’un pour la «masse ouvrière» qu’il prétend diriger à la baguette, mais qui n’est autre qu’une coquille vide, l’autre pour les rennes d’El Mouradia qu’il détient d’une main dominante, et le troisième pour l’argent amassé avec la bénédiction du deuxième. Ils représentent les trois parties qui forment la tripartite. Le trio ne rate aucune occasion pour faire étalage public de leur alliance. On l’a fait avec Abdelmadjid Tebboune, l’ex Premier ministre dégommé, lorsqu’on l’a nargué dans un enterrement.

Un penchant pour l’insulte !

Abdelmadjid Sidi Saïd danse pour le régime qui le protège avec sa citadelle syndicale qui lui sert d’un faire-valoir pour les politiques les plus impopulaires, y compris celles qui appauvrissent la classe ouvrière que Sidi Saïd est censé défendre. L’UGTA est resté extraordinairement en dehors des plus grands mouvements de protestation qui ont secoué le pays dont ceux, actuels, des résidents et des enseignants. Il les a même attaqués férocement les qualifiant d’«ignorants», les accusant de vouloir déstabiliser le pays et invoquant Dieu pour les châtier. Compréhensible ! Les syndicats autonomes lui vident les rangs.

Sidi Saïd a même un penchant pour l’insulte lorsqu’il discourt. «Nnâdine yemat yemahoum» avait-il insulté, en janvier 2016, ceux qui «disent non pour le plaisir de dire non». On se souvient que, la même année, il n’a pas trouver mieux pour répondre à la secrétaire générale de la confédération syndicale internationale (CSI), qui épinglait l’Algérie, que de la traiter de «kelba !» (Chienne).

«Chitta»

A chaque fois qu’il est aux abois, le régime actionne ses relais et il trouve en Sidi Saïd un parfait porte-voix qu’il actionne pour donner la preuve du maintien de son allégeance, la même qu’il exige de ses pairs à la Centrale syndicale. Pour Sidi Saïd, l’allégeance est synonyme de «chitta» (la brosse) dont il ne cache pas être un fervent pratiquant à l’endroit des tenants du pouvoir, seul moyen selon lui pour qu’on lâche les droits des travailleurs. Quand on les lâche, ce n’est plus des acquis arrachés de haute lutte, mais des «cadeaux» de Bouteflika. Sidi Saïd le dit sans sourciller. Il fait la promotion d’un moyen qui tue les luttes syndicales. Il l’assume publiquement : «le lèche-botte n’est pas une honte». Puisqu’elle est en phase avec une tendance qui se généralise, cet aveu ne choque pas plus qu’il ne met le personnage en total contraste avec les positions engagées des Aissat Idir et Abdelhak Benhamouda, ses prédécesseurs. Sidi Saïd innove dans les procédés «syndicaux». En plus de la «chitta», et à travers ses accointances avec Ali Haddad, il flirte avec le patronat dont les intérêts sont pourtant contradictoires avec ceux des travailleurs.

Liaisons dangereuses

C’est à la faveur de ces liaisons dangereuses que Abdelmadjid Sidi Saïd se maintient à la tête de l’UGTA depuis …21 ans. Ce n’est pourtant pas faute de candidats pour l’alternance, même si toute la tête de la Centrale est sous l’emprise du palais d’El Mouradia. L’ex fédéral de l’Union de la wilaya de Tizi Ouzou, qui a eu une ascension fulgurante, a réussi à étouffer des frondes internes.

Il a un grand intérêt dans le maintien du régime dont il continue à être le protégé. Le départ du premier est synonyme de l’effondrement du deuxième. Sidi Saïd n’a jamais été inquiété par la justice. Dans l’affaire Khalifa, il a eu une attitude qui a frisé le défi, voire le mépris, en déclarant assumer ses actes, c’était sa réponse à ceux qui attendaient une explication au placement de 10 milliards de centimes chez Khalifa Bank au nom de l’UGTA.

Sidi Saïd continuera à dire aux opposants du pouvoir «Nnâdine yemat yemahoum» et à ses alliés du pouvoir, il dansera encore et encore. Il le fera sous tous les airs, les airs de la honte.

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