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Politique

6e congrès du RCD : consensus autour de l’ouverture du champ politique

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© INTERLIGNES | Mohcine Belabbes 6e Congrès du RCD
© INTERLIGNES | Mohcine Belabbes 6e Congrès du RCD

Le coup d’envoi du 6e congrès du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie ( RCD ) a été donné aujourd’hui vers 10 à la mutuelle générale des matériaux de construction à Zéralda. Les intervenants sont unanimes et réclament tous l’ouverture du champs politique et médiatique ainsi que la libération de tous les détenus politiques.

Ce 6e congrès se tient officiellement sous forme de « congrès extraordinaire » a déclaré le président du RCD qui explique que l’administration a refusé de donner une autorisation pour un congrès ordinaire vu que les statuts prévoient le congrès fois chaque 05 ans.  

Mohcine Belabbes qui boucle sa dixième année à la tête du parti a entamé son discours par des « vifs remerciements » au nom des militantes et militants du RCD, et les « sincères hommages à tous les responsables de partis politiques, acteurs de la société civile et personnalités qui comptent parmi nos amis politiques et qui ont honoré de leur présence l’ouverture des travaux de ce sixième congrès de notre Rassemblement ».

Un panel de personnalités politique ont assisté à cet événement à l’image de Louiza Hanoune du parti des travailleurs, Zoubida Assoul de l’Union pour le Changement et le progrès (UCP), l’ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour, l’ancien diplomate et ministre Abdelaziz Rahabi, l’avocat Mustapha Bouchachi, Mahmoud Rachedi du PST, Karim Tabbou et Ali Laskri du PAD,  Abdelouahab Fersaoui de l’association RAJ ainsi que Noredine Benissad et Said Salhi de la ligue des droits de l’Homme pour ne citer que ceux-là.

« démocrates progressistes »

Mohcine Belabbes estime que « ces femmes et ces hommes qui, à l’heure des moments difficiles pour notre peuple et des positionnements décisifs pour le pays, ont travaillé et agi avec nous. Ces femmes et ces hommes qui ont subi les affres de la répression tout comme nous. Ces femmes et ces hommes avec lesquels nous étions ensemble durant le Hirak. Ces femmes et ces hommes avec lesquels, plus que jamais, il faudra intensifier les échanges et les solidarités. Ces femmes et ces hommes avec lesquels nous formons une grande famille politique, celle des démocrates progressistes ».

Le président sortant du RCD qui a succédé à Said Sadi en Mars 2012 rappelle les initiatives politiques auxquelles il a participé pendant ces deux mandats, durant lesquels, il a pris des initiatives avec d’autres forces politiques.

« Ensemble nous avons mené un combat politique et porté avec force, conviction et détermination un projet démocratique pour l’Algérie. De la convention nationale pour une constitution pérenne, au colloque internationale sur l’économie et l’intégration nord-africaine, de la convention nationale sur le droit du travail, au colloque internationale sur la participation des femmes en politique, de la conférence nationale pour la transition démocratique, à l’offre portant création d’une instance indépendante de gestion des élections, des assises nationales des femmes et celles des jeunes, aux universités d’été annuelles, des marches populaires sur le pouvoir d’achat et celles sur la revendication amazigh, à la création d’une alliance des partis nord africains et la liste est encore longue ». Pour lui, « C’est autant de moments de communion, de propositions et de débats ».

© INTERLIGNES | Fetta Sadat présidente des travaux 6e congrès du RCD, Louiza Hanoune du PT et Zoubida Assoul de l'UCP
© INTERLIGNES | Fetta Sadat présidente des travaux 6e congrès du RCD, Louiza Hanoune du PT et Zoubida Assoul de l’UCP

« El Hirak, Tanekra, ou encore la révolution du sourire »

Fier d’avoir participé aux protestations contre le régime depuis février 2019, dans toutes les villes du pays, il rappelle que « le peuple a battu le pavé pour clamer son refus de rester sous la coupe d’un pouvoir corrompu, imposé par la force et issu de fraudes électorales dignes de l’ère de Naegelen en violation des différentes constitutions élaborées par ses propres « laboratoires » ».

Même si les contexte politique est décrit comme des plus difficiles pour les partis et les politiciens, « Une révolution inédite que beaucoup d’Algériens ont, depuis longtemps, appelé de leurs vœux. Moi-même, en octobre 2012, j’avais dit que « Le pays est embourbé dans la corruption et a besoin d’une révolution pour sauver son avenir ». Le mois de novembre de la même année, j’avais plaidé la destitution du chef de l’État de l’époque, la dissolution de la police politique, et la restitution du sigle FLN à la mémoire collective pour espérer une refonte de notre Nation sur la voie de la dignité, la liberté, la démocratie, la modernité et l’universalité ». Mohcine Belabbes estime que même si le peuple « empêché d’expression publique, il continue à exercer une forte pression sur ce pouvoir. S’il n’a pas encore abouti au changement de régime, le Hirak a fragilisé profondément et durablement les fondements du pouvoir et l’a plongé dans une crise continue ».

« La crise multidimensionnelle que nous subissons continuellement est consubstantielle à la nature du régime régnant. C’est une crise constitutionnelle, politique, économique, financière, sociale, culturelle et de gouvernance. Le déficit démocratique et l’absence de toute alternance au pouvoir, malgré la fin de l’ère du parti unique depuis 1988, ont installé le pays dans une impasse durable. Oui il faudra bel et bien réinventer l’Algérie pour sortir de cette crise et installer le pays sur le chemin de la stabilité, de la paix et du développement durable ». a-t-il ajouté.

« L’instrumentalisation politique de la justice »

Rappelant qu’il s’est présenté ce matin au tribunal de Hussein Dey ce matin pour signer après avoir être placé sous contrôle judiciaire depuis six mois, le président du RCD dresse un tableau noir de la justice et dénonce l’instrumentalisation des médias.

« Pendant des années ; instruite pour être sourde, aveugle et muette, l’instrumentalisation politique de la justice consacre désormais une justice à plusieurs vitesses. Elle repose, d’une part, sur la programmation des procès des anciens dignitaires du régime et des oligarques qui les ont accompagnés présentés comme des réponses à des contestations de la rue ou encore pour faire passer des échéances électorales conçues pour remettre en selle un le système tant décrié par le peuple ».

“D’autre part, en fonction des soubresauts des guéguerres claniques, certains anciens responsables jugés et condamnées sont très vite innocentés par la même juridiction. Ou encore, des poursuites judiciaires à l’encontre des responsables politiques de l’opposition non caporalisée et de simples militants ou des journalistes qui révèlent une stratégie de liquidation politique des acteurs de l’opposition. La durée que prennent les procédures mais surtout les retards énormes dans la programmation de certains procès devant les tribunaux sont des instruments de coercition aux mains de l’exécutif. »

Concernant les médias, il estime que « la dérive des médias aux ordres se caractérise par des violations du secret de l’instruction et des atteintes répétées au principe de la présomption d’innocence. Le traitement réservé au défunt moudjahid et hirakiste Lakhdar Bouregaa par la télévision publique reste symptomatique de l’état de déliquescence de l’institution en cause, à savoir la télévision algérienne et du stade de déshonneur auquel les commanditaires de cette manœuvre scandaleuse et ignoble sont descendus. Les notions d’indépendance des juges et de pouvoir judiciaire, dans notre pays, restent un mirage ». Après ce constat amer, Belabbes souligne qu’Il « est plus qu’urgent et nécessaire de mener une réforme démocratique des institutions pour consacrer une véritable séparation des pouvoirs, améliorer la perception de l’équité et de la légalité et entériner l’indépendance de la justice ».

« guerre en Ukraine »

Sur le plan socio-économique le président du RCD « regrette la dépréciation continue de la valeur du dinar et la hausse vertigineuse des prix à la consommation notamment des produits alimentaires accélèrent l’érosion du pouvoir d’achat et font que les travailleurs n’arrivent plus à vivre de leurs revenus ceci bien avant la crise alimentaire qui s’annonce du fait de la guerre en Ukraine ». Dans le même sens, et « malgré la baisse drastique du niveau de vie de la majorité des Algériens, le gouvernement s’entête à refuser de prendre des mesures concrètes de compensation par un accroissement significatif des salaires mais surtout refuse d’engager un dialogue social seul à même de permettre aux syndicats autonomes représentants des travailleurs de poser le problème du pouvoir d’achat des salariés en des termes clairs ».

S’il y a autant de déficit en qualité de vie pour nos citoyens c’est synonyme d’une crise de gouvernance. Le peuple acteur du Hirak de février 2019 s’est révolté contre un système autocratique et demandé son dégagement. Ce système a fait en sorte que la constitution soit réduite à un texte de loi sans réel influence sur le fonctionnement des institutions et malléable selon la volonté du pouvoir en place. Un des exemples les plus parlant est la magouille-révision constitutionnelle de 2008 qui a permis à Abdellaziz Bouteflika de faire sauter le verrou de la limitation des mandats à deux et de briguer un troisième mandat.

D’autres « libertés » ont été prises avec le texte de loi fondamental : Il y a eu, entre autres, celle de septembre 2019 qui a permis l’organisation d’une élection présidentielle par une commission dite indépendante en violation de la constitution en vigueur ou encore celle qui a permis la promulgation par décret présidentiel d’une loi organique portant régime électoral 24 heures après la dissolution de l’assemblée nationale et il y a eu, aussi, la convocation et l’organisation des élections locales sur la base d’un décret non encore approuvé par le parlement pourtant en exercice.

Dressant un tableau des plus sombre, Belabbes estime que « le chef de l’Etat en exercice, ignore l’étendue de sa mission et de son pouvoir reste la majorité du temps cloitré entre les murs de la résidence présidentielle » tout en soulignant que le pouvoir est « absent de la scène nationale et internationale, car il ne parle pas au peuple et il n’écoute les citoyens ». « Le premier ministre, sans pouvoir réel, ne comprend pas ce qui est attendu de lui. La communication officielle autour de son action lui échappe, voire le contredit comme se fût le cas lors de la polémique qui a suivi la parution du rapport de la banque mondiale sur la situation économique en Algérie ».

Pour lui, « les ministres n’ont ni autorité, ni missions, ni domaine de compétence précis. Souvent, ils apprennent leur nomination ou leur renvoi du gouvernement, par voie de presse, en même temps que l’opinion publique. Le chef de l’Etat lui-même les réduit à des stagiaires en formation ».

Belabbes qui a chargé lourdement les institutions, il estime aussi que « Le parlement ne décide de rien, ne contrôle rien et ne légifère sur rien et se complait dans le rôle de chambre d’enregistrement. Le sort réservé à des articles contenus dans la loi de finances complémentaires de 2020 ou encore la loi de finance 2022 rendent bien compte du poids et du rôle des parlementaires. Il en est de même du limogeage du président de l’Assemblée nationale en 2018 ou encore des procédés avec lesquels les présidents des deux chambres du parlement sont désignés. Les centres du pouvoir réel restent ténébreux et à l’origine de la non gouvernance en cours ».

« détenues politiques »

Par ailleurs, l’orateur plaide pour « la consécration d’un régime civile », qui selon lui est essentiel si on veut jeter les bases d’un fonctionnement démocratique de l’Etat ». Pour parvenir à cette finalité, beaucoup « tentent de nous convaincre que le régime militaire est une réalité avec laquelle il faudra composer. Cette réalité nous la connaissons tous. Mais c’est une réalité qu’il faudra dépasser. La consécration d’un régime civile est essentielle si on veut jeter les bases d’un fonctionnement démocratique de l’État, promouvoir les droits de l’homme et restaurer la confiance vitale entre le peuple et ses institutions ».

Pour sortir de cette crise multidimensionnelle, « aujourd’hui notre devoir nous dicte une attitude à la hauteur du défi à relever, par le discours de vérité et par des actions politiques responsables et intelligentes ». Dans un contexte politique et sécuritaires qui serre la visse aux activistes, militants et médias, « Il est intolérable de continuer à subir ces arrestations arbitraires » déclare Mohcine Belabbes qui estime que « Le temps d’exiger et de hâter la libération des détenues politiques et d’opinions a sonné ». « C’est le temps de la reconquête des libertés fondamentales et de nos droits. Je sais la difficulté de la tâche mais je connais la volonté, le courage et la bravoure du peuple Algérien. J’ai souvent parlé de l’absence des conditions nécessaires et suffisantes pour l’exercice politique, notamment de l’opposition ».

« urgence de changer tout le système de gouvernance »

Mohcine Belabbes a clôturé son discours par l’adoption par la majorité écrasante devant un huissier de justice des bilans moral et financier du parti. Il quitte le pupitre sous les cris « Djazair Houra Démocratiya (Algérie libre et démocratique) ».

Après le président sortant du RCD, plusieurs invités ont pris la parole pour exprimer, pour la majorité, leur reconnaissance au combat du RCD et à Mohcine Belabbes et l’urgence d’ouvrir le champs politique. «L’ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour estime que « ce congrès est un moment important dans la vie politique du pays. Il l’est parce que notre pays fêtera le 60e anniversaire de l’indépendance » a déclaré Benbitour. Il estime qu’ « aujourd’hui, on parle de changement parce que le temps des réformes est très largement dépassé. Nous sommes déjà dans les réformes depuis 1988, c’est-à-dire, depuis plus de trois décennies. Aujourd’hui, c’est le changement qui s’impose car il y a une nécessité et une urgence de changer tout le système de gouvernance ».

Abdelaziz Rahabi rend hommage au président du RCD, Mohcine Belabbas pour le rôle qu’il a joué dans l’amorce du dialogue entre les partis de différentes mouvances en Algérie. A ce titre il rappelle que le RCD « a ouvert ses portes pour le dialogues entre les différents partis. Il fait savoir également que le rôle d’un homme politique c’est de créer les conditions, parce que toutes les crises politiques en Algérie depuis 62 sont dues à l’absence du dialogue et de concertation », faisant allusion à l’importance d’inclure le RCD dans l’initiative du dialogue inclusive lancée par le présidence de la république Abdelmadjid Tebboune qui n’a pas invité le RCD.

L’Avocat et défenseur des droits de l’Homme, Mostafa Bouchachi a proposé, à l’ouverture des travaux du sixième congrès du RCD, l’adoption, au nom de tous les acteurs présents, d’une résolution forte appelant à la libération de tous les détenus d’opinion et à l’ouverture du champ politique en Algérie. Selon lui, cette résolution portée par différents acteurs est importantes pour les détenus et leurs familles qui souffrent en silence. Elle est, selon lui, un signal fort pour eux, afin de leur dire qu’ils ne sont pas seuls.

Les travaux du congrès sont en cours sous la présidence de maitre Fetta Sadat et deux militants du parti sont désormais candidats pour la succession de Mohcine Belabbes. Il s’agit respectivement de Atmane Mazouz et de Mourad Biatour. Le vote du prochain président du RCD commencera à 17, et le nom du vainqueur sera annoncé probablement, dès ce soir.

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